Avec la disparition d’Yvette Roudy, la France et la Gauche perdent une femme d’État, socialiste et féministe. Engagée très tôt aux côtés de François Mitterrand, lors de l’élection présidentielle de 1965 et à la Convention des institutions républicaines, elle le suivit au Parti socialiste après le Congrès d’Épinay en 1971 et en fut une dirigeante active. Avec Colette Audry, Marie-Thérèse Eyquem, Veronique Neïertz, Benoîte Groult et bien d’autres, elle œuvra avec passion pour que le féminisme intègre le projet socialiste et le programme présidentiel de François Mitterrand en 1981. Naturellement, après la victoire de celui-ci, elle devint membre des gouvernements de Pierre Mauroy puis Laurent Fabius, comme Ministre de plein exercice (elle l’avait exigé avec caractère pour que « les femmes et leurs droits n’héritent pas d’un sous-ministère »), et fit adopter plusieurs grandes lois féministes qui, après la loi Veil de 1974, creusèrent le nécessaire sillon du féminisme dans le droit : le remboursement de l’IVG, l’égalité professionnelle femmes-hommes, la féminisation des noms de profession… Yvette fut aussi une élue locale, maire de Lisieux dans le Calvados, une parlementaire de ce département, après avoir été députée européenne (il faut, ne serait-ce que par respect de sa mémoire, bien veiller à la féminisation de ces mots !). Ces dernières années, j’avais de nouveau croisé et accompagné Yvette dans le combat laïque. Car elle considérait que le féminisme se conjuguait avec le combat laïque et universaliste. Avec lucidité, elle se méfiait pour ne pas dire se défiait du rôle des religions, de toutes les religions, dans l’asservissement des femmes et menait ce combat avec la passion et la détermination qui la caractérisaient. J’adresse à sa famille et à ses proches mes pensées très attristées et bien solidaires.
Jean Glavany, ancien ministre, Président de l’Institut François Mitterrand