Avec la mort de Lionel Jospin, je pleurs d’abord et avant tout un ami avec lequel je gardais des relations fréquentes et des échanges permanents jusqu’à ces derniers mois, ces dernières semaines, ces derniers jours. Un ami chaleureux, délicat, attentionné, venant me rendre visite quand j’avais des problèmes de santé, me demandant toujours des nouvelles de mes proches. Un ami avec qui je partageais la passion du sport et avec qui il m’est arrivé d’aller voir des matchs, de rugby surtout, mais aussi de foot, un ami qui voulut partager à plusieurs reprises ma passion de la voile. Un ami fidèle tout simplement.
Lionel était fondamentalement un homme de gauche, socialiste bien sûr mais aussi de rassemblement de la Gauche, de toute la Gauche. Il fut un acteur majeur de la conquête du pouvoir avec François Mitterrand dont il était le numéro deux à la direction du PS avant de lui succéder en 1981 comme Premier secrétaire. Il fut associé très étroitement à l’exercice du pouvoir par le Président tout au long du premier septennat avant de devenir Ministre d’Etat, Ministre de l’Education Nationale dans le second septennat. Proche de François Mitterrand, sa relation avec lui n’était pas celle d’un courtisan mais, tout à son image, faite de respect, de franchise et de loyauté. Il y a deux ans, Lionel est venu, sur mon invitation, présider le « banquet du 10 mai » qu’organise chaque année l’Institut François Mitterrand que j’ai l’honneur de présider. Comme toujours, il avait travaillé longuement son intervention et avec rigueur et méthode, avec plein de sens politique et beaucoup de pudeur, il avait retracé tout ce qu’il avait appris et vécu auprès de l’ancien Président.
Et puis, Lionel Jospin fut le Premier Ministre de la longue cohabitation entre 1997 et 2002, à la tête d’un gouvernement de rassemblement de la Gauche avec des communistes, des écologistes, des radicaux, des citoyens et quelques socialistes bien sûr, de son parti dont il avait repris la tête après l’élection présidentielle de 1995. J’ai eu le plaisir et l’honneur de servir mon pays dans ce gouvernement auprès de Lionel et je peux témoigner qu’il fut un grand Premier Ministre, ouvert, à l’écoute, organisant les nécessaires débats, arbitrant avec précision et autorité et, quand c’était nécessaire , encourageant ses Ministres. Gouverner la France, pour lui, exigeait engagement total et rigueur absolue. On oublie trop ces temps-ci qu’au nom de cette rigueur, le Gouvernement de Jospin avait réduit les déficits publics et la dette du pays…
Un jour, dans une discussion politique passionnée et passionnante comme toujours, il m’avait dit « tu sais Jean, en politique, les convictions et les valeurs qui les portent c’est essentiel, les projets et les propositions sont importantes, mais les comportements c’est tout aussi important ».
Ce qui caractérisait son comportement politique, c’était le respect, celui des autres et de la parole donnée, de l’engagement pris, la loyauté et la transparence, la rigueur des raisonnements et de l’action. « Faire ce qu’on a dit », c’était respecter cette parole donnée, et « dire ce que l’on fait » c’était ne rien cacher, agir au grand jour.
La France perd un grand serviteur, la politique un exemple, la Gauche un dirigeant exceptionnel, l’Institut François Mitterrand un compagnon de route et moi un ami fidèle.
Jean Glavany
Ancien Ministre
Président de l’Institut François Mitterrand