24 juin 1981

Le vice-président Bush expose au cours d’un entretien l’inquiétude des Etats-Unis concernant l’entrée des communistes au gouvernement.

Les premiers pas de la politique environnementale


Point de vue | par Jean-François Huchet le 17 décembre 2007

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Dans les années soixante-dix, l’écologie politique telle qu’elle est aujourd’hui formulée en est à ses balbutiements. Jusque là, la France, à l’instar des autres pays européens, est encore profondément marquée par les efforts qu’elle a dû faire après la guerre pour la reconstruction.

Durant toute cette période, on a célébré les tonnages de charbon et d’acier ou les avancées de l’industrie chimique. Bien sûr, le premier choc pétrolier a jeté une ombre sur l’euphorie des Trente glorieuses mais on est loin d’en avoir tiré toutes les conséquences.

Il y a eu, en 1974, la brève apparition de René Dumont sur la scène politique, le temps d’une campagne électorale. Ce spécialiste de l’agriculture du tiers-monde, expert auprès des Nations Unies, prône, pour l’essentiel, le contrôle démographique, les économies d’énergie, la coopération internationale envers les pays en voie de développement, la protection et la remédiation des sols. Soutenu par une myriade d’associations aux objectifs dispersés, il développe un discours alors inaudible et n’obtient que 1.32% des voix. Pour l’essentiel, l’opinion retient de son message qu’il est nécessaire de “protéger la nature”.

Dès 1971, en la personne de Robert Poujade, le gouvernement voit pourtant entrer pour la première fois en son sein un ministre chargé de la protection de la nature et de l’environnement. Rien à voir encore avec l’écologie politique. La prise de conscience n’a pas encore eu lieu. Il suffit d’ailleurs de recenser l’intitulé des portefeuilles attribués à ses successeurs pour se faire une idée du flou qui caractérise la délimitation de ce champ d’intervention gouvernemental. A partir de 1974 se succèdent trois ministres de la “qualité de la vie”, bientôt remplacés par un ministre de la “culture et de l’environnement” en la personne de Michel d’Ornano. La confusion est de règle, l’expertise insuffisante, l’opinion publique peu informée des problèmes qui se profilent à l’horizon.

Il faut attendre 1981 pour qu’un ministère de l’environnement soit installé avec des compétences mieux ciblées. Encore faut-il constater que celui-ci ne dispose pas encore d’une administration propre à la hauteur de l’enjeu.

Une lente prise de conscience

Ce ministère est confié à Michel Crépeau, député-maire de La Rochelle. Celui-ci fait alors figure de pionnier en la matière. Il a fait de sa ville une sorte de laboratoire de la lutte contre la pollution avec, entre autres choses, la mise à disposition de la population d’un parc de vélos gratuits. Ses liens d’amitié avec François Mitterrand lui permettent de se faire entendre au sein du gouvernement. Son passage à la tête de ce ministère est principalement marqué par le lancement de la “loi littoral” et de la “loi montagne”. Il organise également les premiers Etats-généraux de l’Environnement et entreprend de modifier la procédure d’enquête publique.

Ce bilan signe une volonté d’agir et de sensibiliser davantage l’opinion à des problèmes qui, jusqu’alors, étaient insuffisamment pris en considération. Durant cette période, François Mitterrand amorce progressivement un virage dans sa perception de l’ampleur et de la nature des enjeux. S’il se méfie du catastrophisme des milieux qui occupent ce terrain de revendication, son humanisme l’oblige à s’interroger. Il réagit dès qu’il constate que les populations pauvres risquent d’être exclues du progrès global à cause de problèmes liés à la gestion de l’environnement. C’est d’abord pour lui une question de justice.

C’est ainsi qu’au mois de mai 1984, il s’adresse aux associations européennes de protection de la nature réunies à Montdauphin. Il fustige à cette occasion “les calculs à court terme, reportant sur les générations futures la charge, démultipliée parce que tardive, des réparations et le fardeau des nuisances, qui pèsent presque toujours sur les plus pauvres.” A cette occasion, il signale le besoin urgent de se doter de moyens de lutte contre la déforestation et réclame un plan d’urgence pour les pays européens mais plus encore pour les pays du sud. “La déforestation, cruel appauvrissement de ceux qui sont déjà les plus pauvres”, souligne-t-il avec vigueur. Il place au même niveau d’urgence les problèmes que pose la mauvaise répartition des ressources en eau.

Le 5 octobre 1986, il prend la parole à l’ouverture du XIIIème congrès de la Conférence mondiale qui se tient alors à Cannes pour dire sa préoccupation quant aux déséquilibres qui ne cessent de s’aggraver du fait du jeu du marché entre les pays industrialisés, gros consommateurs, « mais qui n’a en rien résolu les problèmes économiques mondiaux, surtout pour les pays les moins pourvus de ressources. » Et il interroge : « Que dire d’un marché qui enregistre des transactions tout en ignorant la nécessité de renouveler les réserves ? Que dire d’un marché où les prix fluctuent au gré des émotions, des évènements, des spéculations quotidiennes ? »

Sa réflexion progresse à mesure que l’expertise se fait plus précise. Il fait dès lors de la préoccupation environnementale un des thèmes premiers de son action internationale.

A la recherche de l’indispensable coopération internationale

C’est ainsi qu’en novembre 1988, au cours d’un voyage à Moscou et à Baïkonour, il insiste sur la nécessité d’une coopération internationale en matière d’environnement. Il répète à plusieurs reprises que cette question dépasse les frontières, qu’elle ne trouvera de solutions satisfaisantes qu’en passant par dessus les divisions de l’Europe. Il propose cette coopération à Mikhaïl Gorbatchev et lui remet un projet de sauvegarde de la biosphère.

Au Conseil européen de Rhodes, le 3 décembre 1989, il annonce que la France financera les études qui permettront d’éviter les inondations qui ravagent le Bangladesh et de lutter contre la désertification du Sahel. A cette occasion, le Conseil européen rappelle l’objectif de protection de l’environnement qui se trouve dans l’Acte Unique et engage les Etats-membres à la protection des ressources côtières, de la couche d’ozone et à la lutte contre « l’effet de serre ».

En offrant ses vœux aux Français, le 31 décembre 1988, à partir de Strasbourg, François Mitterrand cite la protection de l’environnement parmi les priorités de la présidence française de la Communauté européenne.

Le 11 mars 1989, à la conférence de La Haye, il lance un appel devant 24 pays participants pour une autorité supranationale, placée sous la houlette des Nations Unies, chargée de la protection de l’environnement. Si l’idée n’est pas reprise, elle a du moins suscité un débat à haut niveau et clarifié ce que sont les positions de chacun.

Les réticences les plus marquées viennent paradoxalement des pays du Sud qui craignent qu’on leur impose des normes que leurs économies ne pourraient supporter. Le seul résultat de cette tentative est dans la mise en place d’une Commission des Nations Unies pour le développement durable, commission sans réelle portée puisque ne disposant pas du moindre pouvoir juridique.

L’expertise de « Planète Terre »

Ce n’est pas pour le décourager. Ce qu’il n’a obtenu qu’à-demi à La Haye, François Mitterrand va le porter devant d’autres instances internationales. Si l’approche et la conviction demeurent les mêmes, la méthode change. Le 6 mai, il écrit aux participants du G7 pour leur proposer que soit mise à leur ordre du jour une série de mesures environnementales concrètes. Il en donne une liste avec entre autres points la mise en place d’un réseau mondial d’observatoires des émissions de gaz carbonique, la protection des forêts équatoriales, la lutte contre la désertification et les pluies acides et le lancement de programmes de recherche pour le développement de « voitures propres ».

Un mois plus tard, les 12 et 13 juin, se tient à Paris le colloque « Planète Terre », réunion scientifique de haut niveau qui a pour objectif de préparer les propositions françaises pour le sommet des pays industrialisés à l’Arche de la Défense à partir du 15 juillet. Le fait que l’environnement soit pris en compte lors d’un tel Sommet est une grande première. Au final, les participants s’entendent sur le fait que pour préserver l’avenir, tout en poursuivant la croissance économique, les différents pays se doivent de prendre conjointement les décisions utiles à la préservation de la nature. Il y est entre autre affirmé que les chlorofluorocarbones (CFC) devront à terme disparaître dans les biens de consommation et que, par ailleurs, des moyens financiers devront être dégagés pour permettre aux scientifiques d’analyser les modes de lutte contre l’effet de serre, qui engendre un réchauffement des climats de la planète. Enfin, les Sept s’accordent sur le diagnostic que la destruction massive de la forêt tropicale dans les pays pauvres est un corollaire du problème de la dette : la coopération des pays riches au développement agricole devra donc être encouragée. « C’est mon neuvième sommet, et, de mon point de vue, il a été le plus harmonieux et l’un des plus productifs auxquels j’ai assisté ». Cette remarque du secrétaire d’Etat américain James BAKER reflète bien le consensus général qui s’est construit autour des thèmes abordés lors de ce quinzième Sommet du G7.

C’est sans doute dans le discours prononcé devant la Conférence de Rio-de-Janeiro sur l’environnement et le développement, le 13 juin 1992 qu’on découvre le mieux le point d’aboutissement de sa réflexion sur cette question.

En premier lieu, il recommande que les moyens soient mis en œuvre pour une meilleure connaissance de notre planète, « à commencer par la biosphère qui constitue un préalable », précise-t-il. Il rappelle que trois ans plus tôt, « la France a demandé l’institution d’un observatoire de la planète, qu’elle est à l’origine de l’observatoire du Sahara et du Sahel. »

En second, il insiste sur le fait qu’il est indispensable de « mieux cerner le rôle, ou la responsabilité des pays du Nord. (...) Qu’ils ont à s’interdire toutes atteintes à l’environnement des pays du Sud. » Ensuite, il plaide pour un effort « planétaire » de solidarité, du Nord vers le Sud, qui devrait se traduire par des transferts massifs de technologies, l’objectif visé étant de permettre aux pays du Sud d’assurer « leur progrès économique et technique sans polluer comme l’ont fait les pays industrialisés dans le passé. »

Enfin, il donne rendez-vous aux Etats, à l’opinion publique et aux organisations non gouvernementales pour une évaluation des résultats obtenus sur les quatre points affichés dans l’Agenda 21. Et il conclut en affirmant que « le nouvel ordre international sera celui qui saura combiner le désarmement, la sécurité, le développement et le respect de l’environnement. De cet impératif naîtra une éthique mondiale, prolonge-t-il. (...) Et très prémonitoire, il ajoute : « Ne croyez-vous pas que la drogue, la violence, le crime, le fanatisme sont à placer au rang des pires pollutions et que l’une de ces biodiversités à protéger sans perdre de temps est celle des cultures et des civilisations menacées d’étouffement ? »

L’Agenda 21

Les 173 pays présents au Sommet de Rio ont adopté le programme Agenda 21 qui fixe un programme d’actions pour le XXIème siècle dans des domaines très diversifiés afin de s’orienter vers un développement durable de la planète.

Agenda 21 énumère quelques 2500 recommandations concernant les problématiques de santé, de logement, de pollution de l’air, de gestion des mers et des océans, de la désertification, de la gestion des ressources en eau et de l’assainissement de la gestion de l’agriculture et de celle des déchets.

Ils sont articulés selon quatre grands thèmes :
– la dimension sociale et économique ;
– la conservation et la gestion des ressources aux fins de développement ;
– le renforcement des principaux groupes sociaux ;
– les moyens de mise en œuvre.


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