28 septembre 1984

François Mitterrand reçoit Coluche à l'Elysée.

Nicolas Sarkozy, François Mitterrand et l’OTAN


Editorial | par Hubert Védrine le 2 mars 2009

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Sans doute inquiet du retentissement dans l’opinion et chez les parlementaires de la majorité des critiques de droite (Villepin, Juppé, Bayrou) comme de gauche (unanime à part quelques silences), l’Elysée et le gouvernement ont prétendu que le retour de la France dans le commandement intégré de l’OTAN décidé par le président Sarkozy, seul, en 2007, était l’aboutissement logique d’un mouvement engagé de longue date. Or c’est faux.

Le pouvoir peut invoquer le précédent Chirac de 1995/1997 encore qu’il n’ait pas abouti et que Jacques Chirac s’en soit trouvé « soulagé ».

Mais il ne peut en aucun cas se référer à François Mitterrand qui a toujours dit, publiquement comme dans ses conversations avec Georges Bush père avec lequel il avait les meilleurs rapports (à Key Largo le 19 avril 1990, à Rambouillet le 14 juillet 1991, au sommet de l’Alliance les 6 et 7 novembre 1991 à Rome et dans plusieurs autres occasions) « qu’il ne réintégrerait pas le commandement intégré ». Ce que d’ailleurs Georges Bush ne demandait pas à la France (pas plus que, plus tard, Bill Clinton ni même Georges Bush fils).

Malgré cela le Figaro (en tout cas dans un titre car le contenu de l’article était honnête), inspiré par l’Elysée, a osé présenter des conversations de 1990/1991 sous la présidence de François Mitterrand comme préfigurant la décision de Nicolas Sarkozy.

De quoi s’agit-il ? De conversations dans lesquelles l’Amiral Lanxade, chef d’état major des armées, et Gabriel Robin, ambassadeur à l’OTAN, avaient exploré avec leurs homologues américains et alliés la possibilité d’une réforme en profondeur de l’OTAN, avant tout mouvement français. Gabriel Robin avait même lancé l’idée – justifiée – de mettre en sommeil le SHAPE, le haut commandement intégré, puisque la menace soviétique avait disparue.

Les Etats-Unis n’ayant montré aucune disponibilité, voulant préserver cet instrument précieux de leur influence en Europe, cette démarche n’a pas eu de suite.

Nicolas Sarkozy a choisi la voie exactement inverse : rentrer sans conditions préalables, ni négociations et donc sans garanties. Il en est réduit à prétendre, une fois la décision prise, annoncée, et empochée en 2007 par l’administration Bush, que cela nous donnera plus d’influence et débloquera la défense européenne.

Il aura bien du mal à nous le démontrer mais, malheureusement le mal aura été fait : l’envoi au monde d’un signal d’alignement et une perte de statut de la France, même s’il s’en défend.


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