12 septembre 1991

Aux assises nationales des petites villes de France, François Mitterrand en appelle à la solidarité financière entre collectivités rurales.


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Le Pélérinage en Thuringe de François Mitterrand


avec Willy Brandt, sur les traces de sa première évasion

par Christophe Rosé le 7 mars 2016

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François Mitterrand et Willy Brandt
lors du voyage privé de François Mitterrand sur les traces de son évasion, le 7 mars 1981 en Thuringe à Spaichingen. (DR/IFM - Siegfried Kasseckert - Schabische Zeitung)

Deux mois avant l’élection Présidentielle et 40 après François Mitterrand, accompagné de l’ancien chancelier Allemand Willy Brandt, Président en exercice de l’Internationale socialiste, refait, cette fois en voiture le parcours qu’il avait effectué à pied suite à son évasion du Stalag IX-A, près de Ziegenhain, en Thuringe, le 5 mars 1941.

Après 22 jours d’un épouvantable calvaire à pied dans l’hiver allemand, lui et son compagnon d’évasion, l’abbé Leclerc, sont repris à dix kilomètres de la frontière suisse à Egesheim. Ils sont internés à la prison de Spaichingen, ils sont transférés au cachot du Stalag IX C avant de se retrouver, toujours en prison, au Stalag IX A en Hesse.

Il recommencera sept mois plus tard, en novembre 1941. Là encore il fut repris. Cependant en décembre 1941 sa troisième tentative fut la "bonne".

Le 7 mars 1981, le journal du Ps L’Unité [1], dans son son numéro 413, revient sur l’évasion et sur son "pèlerinage en Thuringe" de 600km d’Est (RDA) en Ouest (RFA) avec Willy Brandt.

« En compagnie de Willy Brandt, François Mitterrand accomplit cette semaine en Allemagne un pèlerinage peu banal qui lui fait retracer - cette fois en automobile - le parcours de six cents kilomètres qu’il effectua à pied, il y a quarante ans, lors de sa première évasion C’était le 5 mars 1941. Après une minutieuse préparation à laquelle participèrent plusieurs détenus, le jeune François Mitterrand, alors âgé de 24 ans, prit le large à la nuit tombée du camp de prisonniers de guerre près de Weimar, en Thuringe, en compagnie de l’abbé Leclerc, curé d’un petit village de l’Allier. A la bibliothèque du camp, il avait découvert un ouvrage signé du comte d’Harcourt et intitulé Mes Evasions dans lequel l’auteur expliquait que la seule voie sûre pour quitter l’Allemagne sans avoir à franchir le Rhin était d’atteindre la boucle de Schaffouse, frontière terrestre, aux contours incertains avec la Suisse. Les deux évadés entreprirent donc une longue marche de vingt-deux jours en ne progressant que la nuit pour éviter de se faire repérer. La neige et le froid compliquaient leur entreprise. Ils devaient dormir à la belle étoile, enveloppés dans une seule couverture, et les vivres se faisaient rares. Avec un peu de retard sur leur programme (ils avançaient à l’aide d’une carte artisanale fabriquée avant l’évasion), ils arrivèrent le vingt-deuxième jour à vingt-cinq kilomètres de la Suisse. Pressés d’en finir, ils commirent l’imprudence de marcher de jour, et, s’approchant un peu trop près d’un village, ils furent repérés par des gens qui sortaient de la messe. Aussitôt arrêtés, ils furent transférés à la prison de Spechingen où ils demeurèrent quelque temps avant d’être dirigés vers un autre camp de prisonniers, au centre de l’Allemagne. François Mitterrand n’allait pas y rester longtemps. Le 28 novembre de la même année, il s’évadait à nouveau avec deux autres compagnons. Il parvenait jusqu ’à Metz, alors annexée par les nazis, pour y être encore repris. La troisième fois allait être la bonne. Le 10 décembre 1941, François Mitterrand faussait compagnie aux gardiens du camp de Bolschem. Echappant à ses poursuivants, il arrivait quelques jours plus tard à l’aube dans une village lorrain où une buraliste qui ouvrait son rideau de fer le fit entrer et le dissimula à ses poursuivants. Cette fois, le prisonnier avait gagné sa liberté. C’était le 15 décembre 1941. François Mitterrand entamait alors un autre parcours qui allait le conduire à Londres et à Alger, à Paris enfin où, à la veille de la Libération, il était installé par le général de Gaulle comme l’un des secrétaires généraux qui allaient constituer pendant quelques jours le premier gouvernement français sur le sol libéré. »

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La 3e allait être la bonne...
L’Unité n°413, par Antoine Violet.

Dans De l’Allemagne, de la France [2], François Mitterrand revient sur son voyage de 1981 et notamment sur son déjeuner en Allemagne de l’Est.

« J’y suis retourné longtemps après, précisément pour visiter cette région de Thuringe et refaire, avec mon ami Willy Brandt, ancien Chancelier allemand, le même chemin. La première fois, je l’avais effectué à pied ; la deuxième fois, nous avons pris une automobile, je ne pouvais pas exiger de Willy Brandt qu’il fasse tout cela à pied ! J’ai de nouveau vu la République démocratique allemande ; j’ai pu parler avec les habitants du village et de la ville voisine du lieu où j’étais prisonnier. J’ai cependant été un peu étonné : nous avons été invités à déjeuner par les responsables politiques, administratifs de cette région et, pendant que je déjeunais, je leur ai posé des questions comme celle-ci : "Il doit bien y avoir des choses qui ne marchent pas très bien ici... ? Il y en a en France, il y en a partout." La réponse fut lapidaire : "Non", Le déjeuner a duré plus d’une heure. Tout allait bien. A la fin de cette conversation mon hôte a eu une illumination et m’a dit : "Si, il y a quelque chose qui ne va pas très bien : il n’y a pas assez de femmes dans la direction." Il avait raison, c’était une erreur ; mais peut-être y avait-il d’autres problèmes dont on aurait pu me faire confidence ! »

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François Mitterrand et Willy Brandt
lors du voyage privé de François Mitterrand sur les traces de son évasion, le 7 mars 1981 en Thuringe à Spaichingen. (DR/IFM - Siegfried Kasseckert - Schabische Zeitung)

Le 20 janvier 1989 à Bonn à l’occasion du 75e anniversaire de Willy Brandt, François Mitterrand revient sur ce voyage :

« Un jour j’avais envie de visiter le petit village où j’avais été prisonnier de guerre en Allemagne. Alors j’ai téléphoné à Willy Brandt qui m’a dit : "Eh bien, je vous accompagne". Nous avons organisé une équipée en voiture, en automobile, partant de la Thuringe, en République démocratique allemande pour aller jusqu’aux environs de la frontière suisse, près de Safaussen. Lorsque nous étions dans cette Allemagne dite de l’Est, je me suis aperçu que, venant de mon pays, la France, les regards allemands n’étaient pas exercés à me distinguer parmi les voyageurs. Mais Willy Brandt, impossible de retenir la population du coin, on s’agglutinait, on s’entassait, on se disputait pour lui serrer la main. Je me suis un moment écarté de ce spectacle pour mieux le contempler. Willy Brandt, tous les Allemands se reconnaissaient en lui et dans son message. Je suppose que c’est une excellente chose qu’aucun des dirigeants principaux de la République démocratique allemande ne fût à cet endroit, ils auraient pris le risque d’être ignorés de leur propre foule au bénéfice de Willy Brandt. Ce sont des expériences à ne pas faire. Nous avons, comme cela, pendant quelques 600 km, voyagé, devisé, parlé, rêvé. C’est un souvenir que je n’oublie pas parce que moi-même, après plus de 40 ans de responsabilités politiques, je puis tracer quelques traits essentiels de l’histoire que j’ai vécue et quelques hommes qui jalonnent cet itinéraire. Il en est peu qui autant que Willy Brandt m’aient inspiré autant d’estime et d’affection. »

[1hebdomadaire du Parti socialiste publié de janvier 1972 à décembre 1986

[2Paru en 1996 aux Editions Odile Jacob


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