4 décembre 1990

Colloque "Pour en finir avec les grands ensembles" à Bron dasn le cadre de "Banlieue 89".

« L’ami fidèle, connaissant ses obligations, de la République fédérale d’Allemagne »


Extrait - Discours prononcé par M. François Mitterrand, devant le Bundestag à l’occasion du 20e anniversaire du traité franco-allemand de coopération, Bonn, jeudi 20 janvier 1983

Archives | par François Mitterrand le 11 octobre 2005

« Mesdames et Messieurs, nos peuples haïssent la guerre, ils en ont trop souffert et les autres peuples d’Europe avec eux. Une idée simple gouverne la pensée de la France : il faut que la guerre demeure impossible et que ceux qui y songeraient en soient dissuadés. Notre analyse et notre conviction, celle de la France, sont que l’arme nucléaire, instrument de cette dissuasion, qu’on le souhaite ou qu’on le déplore, demeure la garantie de la paix, dès lors qu’il existe l’équilibre des forces. Seul cet équilibre, au demeurant, peut conduire à de bonnes relations avec les pays de l’Est, nos voisins et partenaires historiques. Il a été la base saine de ce que l’on a appelé la détente. Il vous a permis de mettre en oeuvre votre « Ost-Politik ». Il a rendu possible les accords d’Helsinki. Mais le maintien de cet équilibre implique à mes yeux que des régions entières d’Europe ne soient pas dépourvues de parade face à des armes nucléaires spécifiquement dirigées contre elles. Quiconque ferait le pari sur le « découplage » entre le continent européen et le continent américain mettrait, selon nous, en cause l’équilibre des forces et donc le maintien de la paix. Je pense, et je le dis, que le « découplage » est en soi dangereux, et je souhaite ardemment que les négociations de Genève permettent d’écarter un danger qui pèse singulièrement sur les partenaires européens non détenteurs de l’arme nucléaire. C’est pourquoi la détermination commune des membres de l’Alliance atlantique et leur solidarité doivent être clairement confirmées pour que la négociation aboutisse. Condition nécessaire à la non-installation des armes prévues par la « double décision » de décembre 1979. Ce que nous voulons d’abord, mais vous aussi, c’est la paix. La paix n’est possible que par la négociation. Il dépend de ceux qui négocient de préparer les chemins de l’harmonie indispensable. Il suffit que l’un des partenaires, quand ils ne sont pas deux, s’y refuse pour que l’accord ne puisse se faire. Il faut donc que demeurent les conditions de l’équilibre nécessaire dans l’assurance, pour les peuples intéressés, qu’ils ne seront pas sous le poids d’une éventuelle domination extérieure. De cette solidarité, la France est, croyezmoi, consciente lorsqu’elle maintient en République fédérale d’Allemagne une part importante de la première armée française dont elle étudie précisément l’accroissement de la mobilité et de la puissance de feu. Et, à Berlin en particulier, la France confirme qu’elle assume et assumera toutes ses responsabilités. Ainsi concevons-nous la défense de notre territoire et de nos intérêts vitaux, tout en nous affirmant le partenaire loyal de l’Alliance atlantique et l’ami fidèle, connaissant ses obligations, de la République fédérale d’Allemagne. »


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