12 octobre 1981

François Mitterrand se rend en Lorraine et affirme sa volonté de rassembler les Français pour "permettre le redressement national"

François Mitterrand et les États-Unis


Un observateur critique et attentif, un allié sans concession

Point de vue | par Marc Chaux le 8 juin 2008

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Les écrits qu’a consacrés François Mitterrand aux États-Unis sont assez peu nombreux ; il ne faut y voir là ni désintérêt ni hostilité. Il a en réalité été un observateur attentif de ce pays. Observateur critique de la société américaine, il ne manque pas dans les années 60 de fustiger les inégalités raciales qui perdurent aux États-Unis et il doute alors que la liberté qui y existe s’applique à la circulation des personnes et des idées « quand on a la peau noire ou métissée et qu’on prétend avoir un cerveau pour penser ».

À la même époque, il condamne avec vigueur la guerre que les Américains mènent dans le Sud-Est asiatique, puis le soutien que les États-Unis apportent aux dictatures d’Afrique et d’Amérique latine.

En particulier, le renversement du gouvernement chilien d’Unité Populaire de Salvador Allende, en 1973, auquel il a accordé une attention particulière (cf article de Claire Lepage paru dans la Lettre de l’Institut n°23) est pour lui l’occasion de dénoncer l’action des États-Unis qui ont prêté mains fortes aux putschistes.

Une profonde reconnaissance

François Mitterrand n’en est pas moins fasciné par ce pays dans lequel il s’est rendu à six reprises avant son accession au pouvoir. New York l’a frappé dès son premier voyage : il la place au rang de ses villes préférées avec Venise, Gand, Florence et Jérusalem. Il confiera plus tard à Marguerite Duras qu’il aime New York pour « sa poésie et sa puissance. Je ne m’en suis pas dépris » dit-il. À propos de Washington, il évoque la Genèse. Les grands espaces américains l’impressionnent : « Le Grand Canyon, je n’ai rien vu de plus beau ».

Il admire le dynamisme et la vitalité des États-Unis, ce qu’il exprimera avec force lors du voyage officiel qu’il effectuera en mars 1984. Il est en particulier en admiration devant le lien qui existe entre chercheurs, universitaires, industriels, ainsi qu’il aimerait le voir s’établir en France.

Comme beaucoup d’hommes de sa génération, François Mitterrand est infiniment reconnaissant du rôle joué par les Américains pendant la guerre : « Nous leur devons ce que nous sommes » dit-il le 6 juin 1984 à l’occasion de la commémoration du 40ème anniversaire du Débarquement. « Nous serions bien injustes et bien imprudents de nier ou d’ignorer le considérable effort accompli dans la sauvegarde du monde libre par les États-Unis d’Amérique » (il use toujours de cette expression « Les États-Unis d’Amérique »). Il dit à cette occasion « la très grande reconnaissance et la très grande gratitude » que l’on doit à ce pays sans lequel « notre liberté et notre patrie auraient perdu toute signification ».

François Mitterrand s’est aussi montré fin observateur des institutions et du système politique américains et ce particulièrement au moment où il développe son argumentaire acéré contre la Constitution de 1958. Ainsi, la durée du mandat présidentiel américain pourrait s’appliquer en France.

Quant au régime présidentiel en vigueur aux États-Unis, il comporte à ses yeux l’avantage d’instituer un mécanisme d’équilibre entre les pouvoirs, absent de la nouvelle constitution française. Il ne manque pas pour autant de déplorer le discrédit de la chose publique qui sévit selon lui aux États-Unis et l’insuffisance, à ses yeux, de responsables politiques aptes à gouverner. Ainsi, sans jamais idéaliser la société et le régime politique américains, François Mitterrand a su y trouver quelques références, se distinguant ainsi du reste de la gauche française d’alors très hostile à l’Amérique.

Une alliance atlantique plus équilibrée

La position de François Mitterrand à l’égard de l’Alliance atlantique et de l’OTAN mérite d’être étudiée. Il a longtemps été taxé d’atlantisme, aussi bien par ses adversaires gaullistes que par les Communistes. Cette accusation mérite à tout le moins d’être nuancée. Dès 1951, il apporte publiquement son soutien à l’adhésion de la France à la nouvelle Alliance atlantique : il précise qu’en cas de conflit « nous serions les alliés les plus sûrs, les plus fidèles, les plus reconnaissants ». Il ne cessera de confirmer cette adhésion de principe, en particulier lors de ses campagnes électorales de 1965, 1974 et 1981, en dépit de son alliance, dans les deux derniers cas avec le parti communiste. Peu après son élection, lors de sa première conférence de presse, en septembre 1981, il rappelle quels sont « les droits et les devoirs » de la France à l’égard de ses quatorze partenaires de l’Alliance atlantique.

Cette notion de droits et obligations est un point essentiel de la position de Mitterrand : il n’a jamais cessé de prôner un statut d’égalité et de condamner « toute forme aimable et souple de l’asservissement » et toute protection condescendante de la part des États-Unis. C’est en ce sens qu’il souhaite une révision de l’OTAN en 1965. À ce propos, il ne condamne pas formellement la décision du Général de Gaulle de retirer la France du commandement intégré ; il en conteste tout au plus la forme. Il réitèrera son attachement à l’Alliance à l’Assemblée Nationale le 17 avril 1980 en réponse au Ministre des Affaires étrangères, Jean François-Poncet.

Dans les années 70, il se livre à des critiques plus vives vis-à-vis de l’Alliance atlantique, la considérant de plus en plus comme un prolongement du dispositif militaire américain et comme la fraction d’un empire dont la capitale est à Washington.

À cet égard, sa position n’est pas éloignée de celle qu’avait de Gaulle : d’une part, l’Alliance doit demeurer dans un périmètre géographique donné et non extensible comme le souhaiteraient les Américains ; d’autre part, elle ne peut signifier soumission aux États-Unis mais au contraire solidarité à part égale entre ses membres. C’est aux yeux de Mitterrand deux conditions essentielles pour que la France y joue pleinement son rôle d’allié sûr et fidèle en mesure de décider en toute liberté de ce qui est bon pour ses intérêts. Cette critique ouvertement exprimée par celui qui, entre temps, est devenu Président de la République, va donner lieu à un conflit à l’occasion du Sommet de Williamsburg de 1983, moment de tension franco-américaine, où est discuté de l’élargissement de l’Alliance au Japon, ce que refuse François Mitterrand.

Cependant même si ce dernier n’a cessé de contester le caractère hégémonique des États-Unis au sein de cette Alliance, il n’a jamais pour autant envisagé de solution de remplacement au pilier américain de sécurité européenne : c’est pourquoi il s’est toujours opposé à cette tentation de découplage entre l’Amérique et l’Europe qu’ont pu entretenir certains responsables américains.

Ainsi, est-il adversaire farouche de la stratégie militaire de riposte graduée conçue par Kennedy et Mac Namara en ce qu’elle laisse dans l’incertitude l’intervention des États-Unis : elle lui apparaît comme le signe évident d’une réticence des Américains à s’engager automatiquement en Europe en cas de conflit. Il n’aura de cesse de réclamer l’abandon de cette stratégie qu’il juge dangereuse.

Après la chute du mur de Berlin, François Mitterrand appelle de ses vœux une réforme de l’Alliance atlantique. C’est l’objet principal de sa rencontre avec le Président George H. Bush à Saint-Martin en décembre 1989.

La divergence est là aussi patente : il est partisan d’une révision du contenu de l’OTAN à ses yeux trop strictement militaire et se dit favorable à ce que l’Alliance s’ouvre à tous les problèmes politiques relatifs à l’équilibre européen et prenne en compte les changements en cours. Bush estime quant à lui que d’autres instances sont mieux à même de traiter ces considérations : CSCE, CEE, G7.

Divergence encore avec les Américains à propos de l’URSS cette fois lors du Sommet de l’OTAN de Rome en novembre 1991, à l’occasion duquel François Mitterrand refuse de s’associer à un texte conçu par les États-Unis exigeant que les changements politiques dans ce pays s’accompagnent du passage à l’économie de marché.

François Mitterrand est ainsi resté sur une ligne très cohérente durant sa longue carrière d’homme public, se montrant toujours un allié fidèle des Américains au sein de l’Alliance atlantique, mais un allié critique et exigeant, refusant leur hégémonie. Atlantiste certainement, lucide et attaché à la souveraineté de la France encore davantage.

L’allié sourcilleux des États-Unis

Ce statut d’allié critique, il va en administrer la preuve de façon spectaculaire à l’occasion du débat sur les euromissiles en 1982-83 et un peu plus tard sur le projet américain d’Initiative de Défense Stratégique (IDS). Parmi les 110 propositions du candidat Mitterrand en 1981 figurent « le désarmement progressif et simultané des blocs militaires » et « dans l’immédiat le retrait des fusées soviétiques SS-20 et l’abandon du projet d’installation des fusées américaines Pershing sur le sol européen ». Une fois élu, il ne cesse de répéter que la préservation de l’équilibre des forces entre les deux super-grands, qu’il ne sent pas pour l’heure menacé, est sa préoccupation principale.

À partir de 1982, il observe les premiers signes de déséquilibre avec la montée en puissance des SS-20 : dans ces conditions il considère que l’installation des Pershing 2 sur le sol européen constitue la réponse indispensable.

C’est ce qu’il énonce avec netteté le 20 janvier 1983 devant le Bundestag, ce qu’il confirme devant les Français lors de la présentation de ses vœux le 31 décembre suivant, et à l’occasion de son voyage officiel aux États-Unis en mars 1984. Sa prise de position claire et dénuée de toute ambiguïté sur cette affaire des euromissiles lui a permis d’administrer aux responsables américains la preuve de sa parfaite loyauté. Elle lui vaut ce commentaire de Kissinger : « Mitterrand a été un très bon allié, le meilleur de tous les Présidents français ».

Cependant, il demeure soucieux d’abord et avant tout de l’équilibre des forces : tout ce qui peut le menacer fait l’objet d’une vive réaction de sa part. Ainsi en a-t-il été des euromissiles. Ainsi en sera-t-il du projet d’IDS, communément appelé « Guerre des étoiles » présenté en mars 1983 par le Président Reagan. Il condamne fermement cette initiative, d’abord devant le Secrétaire américain à la Défense, Caspar Weinberger, puis en mai 1985 devant Reagan en personne. Ses arguments sont les suivants : l’IDS représente un surarmement et une stratégie militaire offensive, et donc un facteur de déstabilisation et de rupture d’équilibre des forces dans le monde. En outre, ce projet risquerait de faire perdre à la France sa liberté de décision ramenée qu’elle serait à un rôle de sous-traitant que les Américains proposent. L’IDS constitue un point de divergence très fort entre François Mitterrand et l’Administration Reagan. Sur les euromissiles comme sur ce dossier, le Président français a fait preuve d’une détermination sans faille.

Mitterrand est soucieux de l’indépendance nationale. Il l’est tout autant s’agissant de l’indépendance de l’Europe. Il a toujours considéré la construction européenne comme un contre-pouvoir à l’influence américaine. Ainsi, lors de sa campagne électorale de 1965, il se présente comme un défenseur de l’Europe en tant que moyen de contrebalancer la puissance économique des États-Unis, et en 1981 encore, il affirme la nécessité d’être en mesure de discuter avec les Américains sans faiblesse pour, dit-il, « que les États-Unis d’Amérique, finalement ne dominent pas le Marché Commun de l’Europe ».

Une fois élu, il ne cesse de fustiger les mesures protectionnistes adoptées par Washington qui entraînent des conséquences fâcheuses pour l’économie européenne.

C’est sur le dossier monétaire que le débat sera le plus vif entre le Président Mitterrand et l’administration américaine. Les trois premiers sommets des sept pays les plus industrialisés auxquels il assiste – Ottawa (1981), Versailles (1982), Williamsburg (1983) – sont pour lui autant d’occasions de mettre l’accent sur la gravité des conséquences qu’entraînent la montée des taux d’intérêt aux États-Unis et la flambée du dollar, et d’en appeler à une remise en ordre du système monétaire international.

Cette position de François Mitterrand est exprimée en termes très durs : « Les États-Unis nous font payer leur chômage et leur déficit. C’est nous qui permettons à Reagan de continuer une politique qui nous écrase ». Sa croisade menée sans relâche et sans concession, mais souvent de façon très isolée, a constitué un autre sujet de discorde majeur entre lui et les responsables américains.

Mai 81 : méfiance et observation

Comment a été perçue auparavant par ces derniers l’élection de François Mitterrand ? A vrai dire, elle les a pris de court tant la victoire de son adversaire allait de soi, ce qui ne signifie pas qu’elle était ardemment souhaitée par eux. Mitterrand est peu connu des officiels américains de haut rang. En 1975, il a été reçu au Département d’Etat par Henry Kissinger. L’entretien qu’ont les deux hommes à cette occasion est dense et franc : le premier secrétaire du Parti Socialiste ne manque pas de critiquer vivement la politique étrangère américaine coupable à ses yeux de soutenir les régimes les plus réactionnaires ; le Secrétaire d’Etat fait part à son interlocuteur de sa vive préoccupation quant à son alliance avec le parti communiste. Autant dire que des deux côtés prévaut une forte méfiance.

La réaction américaine au résultat du 10 mai 1981 est faite de surprise, d’incompréhension, d’incrédulité et d’inquiétude.

Le Président Reagan adresse un message à François Mitterrand dans lequel il dit sa confiance dans la poursuite de l’amitié franco-américaine. D’autres officiels se montrent moins sereins. Dans un communiqué, le Département d’Etat souligne « la difficulté que présenterait l’arrivée de ministres communistes dans le gouvernement français ».

Weinberger interroge l’ancien premier ministre portugais Mario Soarès qu’il sait proche de Mitterrand pour connaître les intentions de celui-ci, et si dans l’affirmative on pourra toujours compter sur l’alliance de la France. Il lui demande même si les libertés seront dans cette hypothèse toujours respectées en France…L’embarras et l’inquiétude sont donc bien réels à Washington après le 10 mai. Afin de dissiper toute ambiguïté, le nouveau Président décide d’envoyer sans tarder aux États-Unis le ministre des Relations extérieures, Claude Cheysson ; celui-ci est reçu le 4 juin par Ronald Reagan, le vice-président

Bush et le Secrétaire d’Etat Alexander Haig. Cheysson explique avec patience à ses interlocuteurs que la France demeurera aux côtés des Américains au sein de l’Alliance atlantique. La question de la participation de ministres communistes est éludée.

Par un hasard du calendrier, c’est le 23 juin que le vice-président Bush est reçu à l’Elysée, jour où est annoncée la composition du second gouvernement Mauroy qui comprend quatre ministres communistes. Devant le vice-président américain, Mitterrand se veut rassurant mais ferme : « C’est la France qui décide, c’est ma politique et il n’y a pas de risque pour l’Alliance ». L’entretien est ouvert, constructif, courtois et la déclaration de Bush à sa sortie sur le perron est, somme toute, mesurée : il évoque tout au plus le « souci (trouble) que la nomination des ministres communistes est appelée à causer aux alliés de la France », réaction que Mitterrand admet.

C’est donc avec étonnement que la présidence française prend connaissance, quelques heures plus tard du communiqué du Département d’Etat indiquant que « le ton et le contenu de nos rapports en tant qu’alliés seront affectés par l’arrivée des communistes dans ce gouvernement, comme de tout gouvernement de nos alliés ouest-européens ».

« Reagan éternue ! Et alors ? »

Nuance d’appréciation entre la vice-présidence et le Département d’Etat ? Peut-être. Tentative d’intimidation, sans aucun doute, plus d’ailleurs en direction d’autres pays comme l’Italie, l’Espagne et le Portugal traditionnellement davantage alignés que la France sur les positions américaines. Certains observateurs évoquent une mise en quarantaine de la France au sein de l’Alliance. Cheysson qualifie la déclaration américaine de « surprenante et inacceptable ». François Mitterrand est encore plus direct : « Ronald Reagan se fâche Et alors ? Ronald Reagan éternue. Et après ? Je ne vais pas aussitôt mettre le doigt sur la couture du pantalon. La réaction des Américains c’est leur affaire, la décision c’est la mienne…et je ne prendrai donc pas davantage de précaution dans l’avenir ».

La crise est en fait de courte durée : George Bush comme Alexander Haig admettent bien vite que la nomination du gouvernement est une affaire interne à la France. De son côté, François Mitterrand ne tarde pas à rassurer Reagan, dès juillet à Ottawa, en l’informant de la pénétration d’agents soviétiques dans le complexe militaro-industriel américain. C’est l’affaire dite de l’Agent Farewell, espion à la solde de Moscou, peut-être inventée de toute pièce pour tester la loyauté du pouvoir socialiste français.

D’autres sujets de crispation existeront entre Paris et Washington durant le premier mandat de François Mitterrand : l’accord franco-soviétique sur la construction du gazoduc sibérien (1982), l’attaque américaine contre la Libye à l’occasion de laquelle Mitterrand refuse le survol du territoire français par les avions américains (1986), le Moyen-Orient où Washington adopte une attitude trop pro-israélienne aux yeux de Paris s’éloignant de l’esprit des accords de Camp David que Mitterrand a salués lors de leur signature en 1978, le Salvador, le Nicaragua où il condamne les tentatives de déstabilisation des Américains. En 1985, un peu à la manière de de Gaulle vingt ans plus tôt, il dénonce « ceux qui contribuent à étouffer les aspirations naturelles des peuples ».Le second mandat sera celui des convergences franco-américaines, en particulier lors de la crise puis de la guerre du Golfe en 1990-91 où malgré des approches différentes, la France apporte son soutien aux États-Unis pour détruire en quelques semaines le potentiel offensif de l’Irak.

Des relations de qualité

Pendant ses 14 années de présidence, quelles relations Mitterrand a-t-il entretenues avec les responsables américains ? Dès août 1981, il reçoit Henry Kissinger à Latché. Les deux hommes se connaissent. L’ancien Secrétaire d’Etat qui n’a plus qu’un rôle de conseiller officieux se dit un « partisan enthousiaste » de Mitterrand et va jusqu’à concéder que « l’expérience engagée en France depuis le 10 mai est très intéressante ». Semblent bien loin les préventions de Kissinger affichées en 1975.

François Mitterrand a reçu à plusieurs reprises à l’Elysée l’ancien Président, Richard Nixon qu’il a toujours considéré comme un grand homme d’Etat en dépit de profondes divergences. Echanges de vues réguliers plutôt que relations étroites entre les deux hommes.

Dans sa fonction de Président de la République, il a été en relation avec trois de ses homologues : Ronald Reagan, George H. Bush et Bill Clinton.

Deux personnalités aux antipodes

Difficile d’imaginer deux individus aussi dissemblables que Reagan et Mitterrand : l’un américain jusqu’à la caricature, pragmatique, simple ; l’autre, pur produit de la culture classique à l’intelligence complexe. Deux tempéraments et deux personnalités aux antipodes l’un de l’autre. Pourtant, en dépit des divergences, des crises parfois, ils sympathisent d’emblée au sommet d’Ottawa, et ce climat influera fortement sur la suite de leurs relations. Le sentiment de François Mitterrand sur Reagan est positif : « Il est chaleureux, sympathique, d’un abord agréable. C’est un homme de bonne volonté qui a une idéologie simple…on peut toujours débattre avec lui. Reagan, je l’ai trouvé comme il est : habité de certitudes. Américain typique, il n’est pas très exportable ».

Une critique sans concession tout de même lors du difficile sommet de Williamsburg : « Son étroitesse d’esprit est évidente. Cet homme n’a que quelques disques qui tournent et retournent dans sa tête ».

Avec George Bush, l’adéquation est plus évidente : son élection en 1988 satisfait Mitterrand qui voit en lui un homme à l’esprit plus ouvert que son prédécesseur et surtout qui possède une bonne connaissance des affaires du monde. Bush et Mitterrand vont se rencontrer de façon informelle plusieurs fois : Saint-Martin (1989), Key Largo (1990), Martinique (1991). La crise du Koweït a été pour eux l’occasion d’échanges fréquents marqués par une confiance réciproque. Entre 1988 et 1992 a prévalu entre l’Elysée et la Maison Blanche une qualité de dialogue rarement atteinte dans l’histoire récente des relations franco-américaines.

La victoire de Bill Clinton est accueillie avec « calme et tranquillité d’esprit » à Paris.

Un climat de confiance

Le premier contact téléphonique a lieu le 10 novembre1992 : l’un et l’autre, c’est la loi du genre, se disent prêts à travailler très étroitement ensemble. La visite officielle qu’effectue Clinton en France en juin 1994 est l’occasion pour Mitterrand de faire part de sa profonde satisfaction : il apprécie la position du nouveau président américain sur le GATT qui avait constitué un autre point de fiction entre les deux pays.

Clinton se dit favorable à l’introduction d’une clause sociale et approuve le renforcement de l’Europe. Sans aucun doute, avec Bill Clinton, François Mitterrand trouve un président américain selon son goût malgré les différences de style et de génération.

François Mitterrand a su entretenir avec les États-Unis des relations utiles et globalement bonnes. Sans être un partenaire docile, il s’est toujours comporté en allié fidèle et loyal, alors même qu’on pouvait craindre une crise entre les deux pays du fait d’approches très lointaines sur des sujets importants. Il a fait preuve de lucidité à l’égard des dirigeants américains, tout en ne transigeant jamais sur l’indépendance nationale.

Malgré les malentendus, l’essentiel a été sauvegardé et on peut parler avec François Mitterrand d’une normalisation des rapports franco-américains après des années de tension ou de doute. Son attitude constructive vis-à-vis des États-Unis a permis l’établissement d’un climat de confiance entre les deux pays.

Marc Chaux est docteur en histoire.


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