9 mai 1991

François Mitterrand remet le prix Charlemagne au Président Vaclav Havel à Aix-la-Chapelle

Robert Belot, De la résistance à l’Europe, Editions du Seuil


Bonne feuille | le 15 septembre 2004

Plus qu’une biographie, cet ouvrage se propose d’examiner à travers la figure d’Henri Frenay, si l’entrée en résistance est un événement absolu, contingent et irréductible, ou bien au contraire, le moment d’un itinéraire qui ne s’explique que par des antécédents, et trouve sa vérité ultime dans les prolongements et les aléas d’une vie politique et militante.

Officier plutôt maréchaliste, Henri Frenay démissionne de l’armée en 1941 pour constituer le premier réseau de résistance organisé, sans perdre immédiatement toutes ses illusions sur le rôle exact joué par Pétain dans le drame de 40 et sur la sincérité de son engagement à protéger la France de la menace nazie.

Avant guerre, grâce à Bertie Albrecht, cette haute figure de la Résistance, Frenay sera pourtant un des rares français à comprendre le phénomène hitlérien. Par une synthèse improbable qui n’étonnera que ceux qui regardent le passé avec les lunettes de leur temps, la déférence que Frenay continua de manifester pour le Maréchal dans les premiers temps, permet de réconcilier ( malgré la contradiction évidente) l’antipolitisme propre à la culture militaire avec l’illusion que l’armée est l’ultime noyau autour duquel la revanche peut se préparer. Une telle combinaison qui n’est pas propre à notre héros, ne pouvait tenir très longtemps. Les engagements de Frenay dans la paix retrouvée comme dans la Résistance demeureront cependant marqués par un solide mépris pour les partis politiques et la vie parlementaire, par l’idée que la société française ne peut se regénérer qu’en retrouvant son âme en deçà ou au delà des institutions en place, fussent-elles celles de la République. Les conflits avec Jean Moulin à propos de l’organisation des mouvements de résistance et des relations avec Londres, la courte parenthèse ministérielle de 44-45 dans la carrière de Frenay, le renoncement à tout rôle politique national et le combat pour le fédéralisme européen dans les années 50, ont leur source dans la foi qui réunit beaucoup de gens de ce temps, d’une révolution qui devait éclore par génération spontanée de la lutte contre l’occupant, d’une révolution matérielle et spirituelle. C’est dans l’immense déception qui a suivi la Libération, qu’il faut chercher les causes de l’échec politique de Frenay au regard de ses ambitions initiales. Outre ces causes circonstancielles, l’on doit compter aussi avec le poids de ce que l’auteur pense être une « contre-culture politique » commune à tant d’intellectuels de ces années là, dont l’écho lointain se fait encore entendre aujourd’hui. C’est le mérite de Robert Belot que d’aider à nous le faire comprendre.


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