4 décembre 1990

Colloque "Pour en finir avec les grands ensembles" à Bron dasn le cadre de "Banlieue 89".

Réunification de l’Allemagne : la parole à l’histoire


Editorial | par Hubert Védrine le 1er octobre 2005

Deux ouvrages récents sur François Mitterrand et l’Allemagne nous donnent l’occasion de revenir sur ce sujet si controversé, à propos duquel, pendant et après la réunification, se sont déchaînées les critiques partisanes. On connaît l’antienne répétée à l’envi : « François Mitterrand n’a rien vu venir, il était contre la réunification, il a raté le train, etc. »

Je pense avoir démontré dès 1996, arguments précis, citations et dates à l’appui, dans Les Mondes de François Mitterrand l’inanité de cette thèse, comme l’ont fait Jean-Louis Bianco et Jean Musitelli dans plusieurs articles. Cela n’a guère empêché les canards de courir. Alors, redisons-le pour la énième fois : François Mitterrand s’attendait à la chute de l’URSS et donc à la réunification allemande ; il n’était pas « contre » ; il la jugeait légitime mais il se préoccupait de ce qu’elle se passe pacifiquement, démocratiquement et renforce la construction européenne. Il a agi dans ce sens. Toute sa politique s’explique par ce souci, légitime de la part d’un Président français.

Deux livres renforcent encore cette thèse, si je puis dire. Il s’agit de deux professeurs parfaitement indépendants et aux compétences reconnues. L’un, Tilo Schabert, est allemand, professeur à l’université d’Erlangen et de Rennes. Il a publié, il y a trois ans, après des recherches approfondies dans les archives françaises et allemandes, un Mitterrand et la réunification allemande, traduit cette année par Grasset. Après enquête, il fait litière de toutes les critiques habituelles et restitue au contraire de façon à la fois ample et détaillée la vision historique de François Mitterrand, qu’il admire.

L’autre est Frédéric Bozo, professeur d’histoire des relations internationales. Il procède à une analyse méthodique et fine de la politique étrangère de François Mitterrand à la fin de la guerre froide, et pendant, et après l’unification allemande, jusqu’à l’effondrement de l’URSS. Il en fait ressortir les vraies lignes de force sans en masquer les faiblesses. Ces deux ouvrages sont sérieux. Ce n’est pas si fréquent. Vu leur grand intérêt et leur qualité scientifique, nous avons convié leurs deux auteurs à dialoguer pour La Lettre, en présence de Jean Musitelli et de Georges Saunier. Vous trouverez cet échange dans ce numéro de La Lettre de notre Institut.

J’ajoute un commentaire. Dans la campagne menée contre la politique allemande de François Mitterrand à partir de novembre 1989, ce « schéma narratif dominant » comme dit Frédéric Bozo, cette « légende » selon Tilo Schabert, la distorsion des faits est si flagrante que c’est elle qui devrait faire l’objet d’études, maintenant que les passions cèdent peu à peu le pas à l’histoire. Il y entre sans doute de la mauvaise foi, de la paresse, des effets d’écho, mais aussi de claires motivations de politique intérieure allemande ou française. Pour certains en 1989-1991, il fallait absolument déprécier la politique étrangère d’un Président de gauche au pouvoir depuis bientôt dix ans. Cela apparaît plus clairement encore avec le recul. Nous souhaitons que ce numéro permette de mieux comprendre ces années-clefs et aide chacun dans sa réflexion sur la situation actuelle de l’Europe.


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