26 septembre 1981

Visite en Arabie Saoudite de François Mitterrand, premier voyage officiel à l'étranger depuis son arrivée à l'Elysée

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Les Prisonniers de guerre devant la politique

Ed. du Rond-Point, 1945.


Avant-propos.

Le 21 octobre 1945, le peuple français a choisi ses représentants. Le parti S.F.I.O., le parti communiste français, formations d’avant guerre, le Mouvement Républicain Populaire, issu des groupes divers de démocrates chrétiens, sont les grands vainqueurs de la première consultation nationale.

Les vieux partis de droite, ainsi que le Parti radical, semblent avoir reçu le coup de grâce. Notre vie politique va désormais osciller entre trois pôles d’attraction nettement définis.

Voici ce que tout commentateur n’a pas manqué de mettre en valeur. Mais, pour nous, prisonniers de guerre, demeure une interrogation. Est-il encore possible d’imposer politiquement dans la Nation les valeurs acquises par près de deux millions d’hommes dans les Oflag, Stalag et Kommando ? Déjà, lors des élections cantonales, la question a été posée. Mais le Comité Fédéral de la Fédération nationale des Prisonniers de Guerre décida de rester à l’écart et de refuser son investiture à des candidats. A l’approche des élections pour la Constituante, de nombreuses Associations départementales ont fait savoir qu’elles présenteraient des listes homogènes. Puis le Comité Fédéral, après trois journées de travaux animés et passionnés, adopta une résolution comportant :

1 - Une prise de position générale sur l’orientation de la politique française ;

2 - Sa décision de ne présenter ni patronner aucun candidat ;

3 - Son espoir que les prisonniers de guerre iraient animer les formations politiques traditionnelles ou de nouveaux groupements de leur choix ;

4 - Son interdiction d’obtenir de tout candidat une adhésion de principe à la charte revendicative des prisonniers de guerre ainsi qu’à la résolution d’orientation générale.

5 - son intention d’obtenir de tout candidat une adhésion de principe à la charte revendicative des prisonniers de guerre ainsi qu’à la résolution d’orientation générale.

Avant d’aboutir à ces conclusions, trois thèses s’étaient opposées. La première, dite « politique » et soutenue en particulier par Charles Vandelli, délégué de la région de Montpellier, tendait à faire admettre par la Fédération une attitude positive d’intervention dans l’arène électorale en invitant les Français à se regrouper au-dessus et en dehors des partis. La seconde, dite « syndicaliste » et défendue par Germain Desboeuf, situait la Fédération sur un plan de stricte défense des intérêts familiaux, sociaux et professionnels des rapatriés. La troisième, proposée par Gabriel Chapotat, dépassait le plan syndicaliste en se bornant toutefois à l’élaboration de principes fondamentaux de politique théorique offrant aux prisonniers de guerre la possibilité de se situer moralement et psychologiquement.

Certains départements tels que le Loiret, le Rhône, la Gironde, la Loire refusèrent d’admettre le point de vue fédéral et décidèrent d’établir des listes de candidatures. A notre connaissance, seule la Gironde devait persister. Sa liste obtint, lors du scrutin, un peu plus de 7.000 voix. Malgré tout, la question politique avait ému fortement les milieux prisonniers de guerre. Si, par discipline ou par nécessité, la décision fédérale fit loi, bon nombre d’associations furent le lieu de controverses violentes. Et il est certain que des milliers de rapatriés furent déçus d’avoir dû s’abstenir de participer en groupe cohérent aux élections pour la Constituante. Il leur sembla qu’ils renonçaient ainsi aux fruits de leur expérience et de leur malheur. Enchantés un moment par cette fraternité nouvelle née de misères et d’espoirs communs, ils se sentaient subitement abandonnés. Certains journaux tels que Le Tigre, de Montpellier ou Le Mirador, de Saint-Étienne, exprimèrent avec force et précision l’inquiétude sourde de ces hommes privés soudain de leur foi. Et si mon objet est de tenter à la lumière des faits de montrer aux rapatriés les raisons et le causes d’une telle situation, c’est aussi parce que, décidé à parler clairement même si cela gêne quelques-uns, je crois nécessaire de définir la force que représentent les prisonniers de guerre en même temps que les dangers qui les menacent.


Le prix Master de l’Institut François Mitterrand

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