24 juin 1981

Le vice-président Bush expose au cours d’un entretien l’inquiétude des Etats-Unis concernant l’entrée des communistes au gouvernement.

Le Traité de Maastricht : Vingt ans après


Politique internationale | par Carine Germond le 22 octobre 2012

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Le 7 février 1992, les douze pays membres des Communautés européennes signaient le Traité de Maastricht dans le chef-lieu éponyme de la province néerlandaise du Limbourg, jusqu’alors surtout célèbre pour avoir vu mourir d’Artagnan lors du siège de la ville par Louis XIV en 1673.
Le traité de Maastricht est historique car il représente un saut qualitatif majeur pour le projet européen. Il établit une Union européenne reposant sur trois « piliers » et lui donne une vocation politique ; il élargit les compétences communautaires à de nouveaux domaines ; et, surtout, il instaurait une Union économique et monétaire (UEM), fondée sur une monnaie unique, l’Euro, qui devait voir le jour en 2002.

Deux décennies plus tard, la crise des dettes souveraines et la crise économique menacent de remettre en question l’UEM et l’Euro, les deux avancées intégrationnistes les plus symboliques du traité de Maastricht. Dans ce contexte difficile, la commémoration de sa signature prend une signification toute particulière. Crise oblige, les dirigeants de l’Union Européenne ont d’ailleurs soufflé les vingt bougies de ce traité fondateur avec beaucoup de discrétion.
Du point de vue historique, les crises ont toujours joué un rôle essentiel pour faire avancer ou modifier le cours de la construction européenne. Jean Monnet croyait d’ailleurs fermement que l’Europe serait faite par les crises. La crise actuelle et les difficultés de l’Euro, liées en grande partie aux imperfections du traité de Maastricht concernant l’UEM et son fonctionnement, nous invite toutefois à réévaluer les implications politiques, économiques, et historiques du traité. Celles-ci ne font pas seulement débat chez les dirigeants politiques et l’opinion publique des pays membres de l’UE ; elles suscitent également l’intérêt grandissant des universitaires.
Pour marquer les vingt ans du traité, la Faculté des Lettres et Sciences sociales (FASoS) de l’Université de Maastricht, en coopération avec plusieurs institutions locales dont la municipalité de Maastricht, a organisé plusieurs évenements scientifiques visant à mettre en perspective et à repenser l’héritage politique et historique du traité.

Une grande conférence internationale et interdisciplinaire, « The Maastricht Treaty : Taking Stock after 20 Years », s’est tenue les 7 et 8 février 2012. Elle a permis de réunir pour la première fois plusieurs anciens négociateurs du traité et d’éminents spécialistes et experts de l’UE, venus d’Europe et des Etats-Unis, pour faire le bilan de la genèse du traité et de ses répercussions, et débattre des défis futurs qui se posent à l’Union européenne à ce moment critique de son histoire.

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Roland Dumas et François Mitterrand lors de l’ouverture du Conseil Européen de Maastricht des 9 et 10 décembre 1991 (DR/IFM).

La conférence s’est ouverte le 7 février sur une table ronde qui s’est tenue dans la Statenzaal située dans le Palais du gouvernement provincial du Limbourg en bord de Meuse où le traité fut signé vingt ans auparavant jour pour jour. Elle a réuni, devant un vaste auditoire et sous la présidence de Paul Gillespie (Irish Time), Wim Kok (ancien Premier Ministre néerlandais), Henning Christophersen (ancien Vice-Président de la Commission), et Enrique Baron Crespo (ancien Président du Parlement européen). La discussion a porté notamment sur leur rôle dans l’élaboration du traité et la création de l’UEM.
Le lendemain, les débats ont pris une tournure plus académique en réunissant d’éminents économistes, historiens et politistes pour débattre des répercussions et des perspectives de l’intégration politique, institutionnelle, économique et monétaire initiée par le Traité Maastricht. Les deux premiers panels, plus historiques, ont abordé les origines du traité ainsi que la création et le développement de l’UEM. Les participants aux deux panels suivants ont discuté des perspectives futures de l’UE.
Dans la continuité des diverses initiatives commémorant le traité, un atelier intitulé « The Maastricht Treaty : Negociations and consequences in Historical Perspectives », a été organisé les 22 et 23 juin par le Département d’Histoire de FASoS. Cet atelier entendait réexaminer la portée historique du traité en réunissant des historiens de la construction européenne parmi les plus renommés. Grâce à l’ouverture progressive des archives et l’accès à de nouvelles sources, les historiens sont désormais en mesure de réévaluer les recherches effectuées notamment par les politistes il y a une dizaine d’années.
L’atelier avait un double objectif. Il s’agissait tout d’abord d’analyser le contexte et la genèse du traité de Maastricht en explorant les transformations politiques ayant ouvert la voie au traité dans les années 1980 - 1990 et d’analyser les ressorts de sa négociation entre les principaux Etats membres. L’atelier a ensuite permis d’examiner dans le détail les débats entourant la création de l’UEM, l’entreprise la plus ambitieuse et, à l’heure actuelle, la plus controversée du traité alors même que la gouvernance de l’Eurozone vient de faire l’objet d’un nouveau traité.

Les contributions présentées lors de l’atelier seront publiées dans un numéro spécial de la Revue d’histoire de l’intégration européenne à paraître à la mi-2013. Ce numéro spécial jette un nouvel éclairage sur la genèse et l’élaboration du traité ainsi que sur la création de l’UEM. Les articles réunis dans ce numéro spécial contribueront ainsi utilement aux débats, non seulement scientifiques mais aussi contemporains, sur l’héritage politique du traité de Maastricht.

Maître de conférences en histoire de l’intégration européenne à l’Université de Maastricht. Carine Germond a étudié l’Allemand (Langues et Civilisations Etrangères) à l’Université François Rabelais à Tours et l’histoire de l’intégration européenne à l’Institut des Hautes Etudes Européennes à Strasbourg. Elle a soutenu sa thèse de doctorat sur Le couple France-Allemagne et l’unification de l’Europe (1963-1969) en 2009 à l’Université de Strasbourg.


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