24 juin 1981

Le vice-président Bush expose au cours d’un entretien l’inquiétude des Etats-Unis concernant l’entrée des communistes au gouvernement.

La lettre d’adieu de Bettino Craxi


Témoignage | par Bettino Craxi le 10 décembre 2004

Thématiques

François Mitterrand a connu Bettino Craxi à la fin des années 70 au moment où celui-ci, élu en 1976 secrétaire du Parti socialiste italien, s’engage activement dans le cadre de l’Internationale socialiste alors présidée par Willy Brandt. Craxi appartient à la génération des dirigeants socialistes européens qui, comme Felipe Gonzalez, émergent sur le devant de la scène à la fin de la décennie 70.

Le jeune leader du PSI, qui parle parfaitement français, fait de fréquentes visites à Mitterrand, participe à ses meetings, le reçoit à Cortone, en septembre 1978, pour examiner une stratégie commune en vue des élections européennes.

Craxi voue une admiration sincère à celui qu’il tient pour un modèle. Il porte les espoirs de la gauche non communiste qui attend de lui qu’il soit le Mitterrand italien, le rénovateur et le modernisateur d’un socialisme qui souffre de l’hégémonie du PCI sur la gauche italienne. Craxi se défend de toute comparaison car il sait d’expérience que les situations nationales sont sans commune mesure et que, en l’absence d’un système présidentiel en Italie, la stratégie de conquête du pouvoir ne saurait emprunter les mêmes voies qu’en France.

La période pendant laquelle Craxi fut président du conseil (1983-87) est l’une des plus fécondes des relations franco-italiennes. Elle n’est pas exempte pour autant de malentendus et de tensions. Ainsi l’atmosphère du sommet de Venise, en octobre 1983, est sérieusement rafraîchie par le fait que Paris a omis d’informer Rome du raid sur Baalbeck, au risque d’exposer à des représailles les soldats italiens au Liban. François Mitterrand, de son côté, se montrera peu sensible à l’humour de Craxi qui, en pleine querelle des euromissiles, déclare que « les armes nucléaires françaises ne sont pas sur la lune », suggérant qu’il n’y a pas de raison de les exclure d’un marchandage global, comme le soutiennent également les Soviétiques.

Mais, au regard de ces incidents de parcours mineurs, la coopération franco-italienne permet des avancées décisives dans le domaine européen. Craxi réussit à jouer habilement sa carte aux côtés du duo franco-allemand avec l’objectif commun de résister à Mme Thatcher. En 1985, lors du Conseil européen de Milan qu’il préside, il conduit, avec la complicité de Mitterrand, une brillante manoeuvre en tenaille qui isole la Dame de Fer et ouvre la voie à l’Acte unique européen. Ces années sont aussi celles où, sous l’impulsion de Jack Lang, les échanges culturels brillent d’un éclat sans précédent et où les créateurs italiens tiennent le haut du pavé à Paris.

Jamais, en tous cas, Mitterrand ne retrouvera une relation aussi étroite avec les successeurs de Craxi. Lorsque, dans les années 90, celui-ci aura maille à partir avec la justice de son pays dans le cadre de l’enquête « mains propres » et devra s’exiler en Tunisie, il restera en contact avec le président français. L’épilogue de la relation se situe en décembre 1994. Six mois avant de quitter ses fonctions, François Mitterrand reçoit d’Hammamet où réside Craxi (et où il mourra le 20 janvier 2000) cette missive manuscrite en forme d’adieu :

« Cher Président,

Exilé pour je ne sais combien de temps encore en Tunisie, lorsque je pense à vous, j’en arrive à la conclusion que même les Français qui aujourd’hui ne vous aiment pas seront obligés de revenir sur leurs sentiments.

Après vous, pour autant que je comprenne la situation, je ne vois qu’un grand vide sur la scène politique française.

Vous avez donné à la France et offert au monde l’image de l’autorité dans sa variante la plus rare : l’autorité de l’intelligence.

C’est avec gratitude que je me souviens de nos rapports et de notre collaboration qui, dès ses débuts, fut fraternelle. Personnellement, je me trouve dans une situation difficile et par bien des côtés absurde, victime d’une fausse « révolution ». Et cependant, je me sens encore assez fort pour continuer à me battre et à me défendre.

Je vous adresse mes meilleurs vœux et j’espère que votre mal, comme vous avez eu l’occasion de me le dire un jour, continuera à se montrer « raisonnable ». Avec mon profond sentiment d’admiration et d’amitié. Votre B. Craxi »


IFM — 33 rue du Faubourg Saint-Antoine 75011 Paris — Tél. +33 1 44 54 53 93 — Fax. +33 1 44 54 53 99 — ifm@mitterrand.org — © 2005-2016 — Mentions légales