24 juin 1981

Le vice-président Bush expose au cours d’un entretien l’inquiétude des Etats-Unis concernant l’entrée des communistes au gouvernement.

Extrait de « La paille et le grain » de François Mitterrand, lu par Pierre Arditi


Archives | le 11 juin 2003

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À Paul Guilbert, du Quotidien de Paris, qui m’interroge : « Êtes-vous un écrivain rentré ou un politique par dépit ? » Je réponds : « Je suis un homme politique. » Sans doute avais-je plus de goût pour l’action.

Écrivain, je n’aurais pas été un écrivain d’imagination. J’observe. J’écris. J’aime ce qui est écrit. La langue, la philologie, la grammaire. La vraie littérature naît, je le crois - je l’ai déjà noté - de l’exactitude du mot et de la chose. Je préfère celui qui sait dire exactement ce qu’il a vu et ressenti à celui qui vaticine en forçant sur ses impressions. À quoi cela tient-il ? Élevé dans la culture classique où la composition française et la récitation latine ordonnaient le nombre et la phrase, cela a structuré mon langage. Trop parfois : j’ai conscience qu’il faut briser le moule. Ceux qui brisent annoncent ceux qui créent [...].

Guilbert insiste : « Avez-vous une idée de la France et laquelle ? » [...] La France, je la vis. J’ai une conscience instinctive, profonde de la France, de la France physique et la passion de sa géographie, de son corps vivant. Là o­nt poussé mes racines. L’âme de la France, inutile de la chercher : elle m’habite.

J’ai vécu mon enfance au point de rencontre de l’Angoumois, du Périgord et de la Guyenne. Je n’ai pas besoin qu’on me raconte d’histoires sur la France. Ce que j’éprouve d’elle se passe d’éloquence. J’ai vécu des saisons entières en pleine nature dans une famille nombreuse et solitaire. Elles reviennent toujours, les saisons, sauf le jour de la mort. Plus tard, j’ai dû m’habituer à d’autres visages de la France, celui de la montagne, de l’industrie, des corons, des banlieues. Je les ai abordés avec le même goût de connaître ce pays, le mien, si divers, si varié et pourtant semblable à luimême, un. Mais il me faut, pour ne pas m’égarer, garder le rythme des jours avec un soleil qui se lève, qui se couche, le ciel par-dessus la tête, l’odeur du blé, l’odeur du chêne, la suite des heures. D’où le mal que j’ai à retrouver mes pistes dans la France du béton. Mais là encore, puisque c’est la France, aussi, je me sens chez moi. »

Lundi 10 octobre 1977, La Paille et le Grain.

Texte lu par Pierre Arditi lors de l’inauguration du Quai François Mitterrand.


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