24 juillet 1981

François Mitterrand visite la base de la force océanographique stratégique de l’île Longue, dans la rade de Brest.

1916-1934 : L’enfance en Charente


« Quand j’étais enfant, j’étais à Jarnac, en Charente. C’est le pays de ma famille. Mon pays. » [1].


François Mitterrand est né le jeudi 26 octobre 1916 à Jarnac, en Charente, au premier étage du numéro 22 de la rue Abel-Guy. La famille compte déjà trois filles et un fils ; s’y ajouteront deux autres garçons et une dernière fille. Au total, Joseph et Yvonne Mitterrand, ses parents, auront huit enfants.

Son père a commencé sa carrière dans les chemins de fer, a gravi les différents échelons de la hiérarchie et dirige alors la gare d’Angoulême où toute la famille habite. Ce n’est que trois ans plus tard, en 1919, lorsque Joseph se lance dans les affaires en attendant de reprendre la vinaigrerie familiale, que la petite troupe s’installe définitivement à Jarnac.

Yvonne Mitterrand, la mère de François Mitterrand, est la fille de Jules Lorrain, producteur de Cognac pendant un temps avant de s’installer comme vinaigrier à Jarnac. Les grands-parents maternels jouent un grand rôle dans l’éducation du jeune François. Le futur Président passe en effet de longs mois auprès de ces derniers, à Toutvent, plus au sud, dans une grande maison au confort rustique, loin de la ville. C’est là, certainement, qu’il développe ce besoin quasi charnel d’un contact avec la nature. Caresser un arbre, écouter un cours d’eau, contempler un paysage : ce sont des attitudes dont ses proches se souviennent. Cette Charente de l’enfance, François Mitterrand la découvre à pied. Il en gardera, toute sa vie durant, un goût immodéré pour la marche, entraînant dans son sillage ceux qui l’entourent. Pour l’un ce sera une promenade sur les bords de Seine. Pour l’autre dans une forêt du Morvan. Après son élection, ce sera plus souvent le parc de l’Élysée. C’est lors de ces longues marches que le Président écoute, se confie, cherche à convaincre.

Quel portrait dresser de la famille Mitterrand ? Elle est caractéristique d’une bourgeoisie provinciale catholique, conservatrice tout en restant ouverte. Très à droite. Bref, on est Bloc national plutôt que Front populaire.

Yvonne Mitterrand éduque ses enfants comme elle-même a été éduquée : retenue des sentiments ; strictes pratiques religieuses. Elle communique aussi à ses enfants sa passion des livres. Ses goûts la conduisent d’ailleurs bien au-delà de ses propres considérations morales. Chacun se laisse guider par la NRF. François Mitterrand sera, toute sa vie, un dévoreur de livres. Un lecteur éclectique.
Vers l’âge de dix ans, la douceur de Toutvent et les lectures de Jarnac s’éloignent à jamais. François Mitterrand entre en pension à Angoulême, au collège Saint-Paul. La vie y est rude. L’éloignement avec le cercle familial brutal. C’est la fin de cette petite enfance qu’il qualifiera lui-même de « lumineuse ». François Mitterrand est un élève studieux. Sans plus. Il aime le sport. Il aime moins l’étude. En pension, il découvre d’autres milieux, d’autres adolescents. Son éloquence commence à être reconnue.

Cette première rupture dans la vie du jeune François se confirme quelques années plus tard lorsque surviennent deux événements. En 1929, la maison de Toutvent est vendue : c’est la fin des séjours heureux au cœur de la campagne charentaise. Quelques mois plus tard, Eugénie Lorrain – la femme de Jules Lorrain, cette grand-mère si proche de lui – décède. En 1934, à peine ses études secondaires à Angoulême terminées, il quitte la Charente pour Paris où on attend de lui qu’il poursuive ses études. Deux ans plus tard, en 1936, sa mère décède après plusieurs mois d’agonie.

Ce dernier événement marque en quelque sorte la fin de la vie charentaise de François Mitterrand. S’il reviendra souvent dans sa région natale, s’il y conserve de puissants liens – bien au-delà de ceux de la famille –, il ne s’y installera pas… sauf dans la mort, puisque l’ancien Président sera finalement enterré à Jarnac.

[1François Mitterrand à l’émission de TF1 « ça nous intéresse Monsieur le Président », dimanche 15 décembre 1985..


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