11 avril 1991

François Mitterrand visite l’École supérieure de Guerre à l'occasion du forum intitulé "Quelle sécurité en Europe à l’aube du XXIe siècle ?"

Une amitié constante mais sans abandons


Entretien avec Hubert Védrine sur les rapports franco-américains

Interview | par Hubert Védrine le 9 juin 2008

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Quel était l’état des rapports entre la France et les États-Unis avant 1981 ?

Hubert Védrine - Le conflit Est-Ouest, la course aux armements imprégnaient encore profondément le monde et, pour l’essentiel, nos rapports avec les États-Unis s’inscrivaient dans les péripéties de ce face à face qui durait depuis plus de trente ans. Il faut ajouter, pour compléter rapidement ce panorama, que les États-Unis venaient de vivre une série de présidences relativement faibles. Celle de Richard Nixon empêtré dans le scandale du Watergate, mais aussi Gerald Ford (dans ces deux cas, cependant, il y avait Kissinger), puis Jimmy Carter directement défié par Téhéran. Il leur faut en outre tenir compte de leur opinion publique désorientée, pas encore remise de l’issue désastreuse de l’aventure vietnamienne, par les turbulences de « révolution des œillets » au Portugal et par tout ce qui agitait l’Éthiopie, le Mozambique ou l’Angola. S’agissant de la confrontation Est-Ouest, les négociations de limitation des armements s’étaient achevées en 1977 sans qu’un sommet soit en vue.

Dans ce contexte, Valéry Giscard d’Estaing tient, dans les apparences, une ligne politique qui est dans la continuité de la diplomatie française telle qu’elle a été dessinée depuis le milieu des années soixante. Il fait bien sûr en sorte que le dialogue franco-soviétique se poursuive. Mais sa politique lui attire de nombreuses reproches, y compris de la part de la droite française, et suscite peu à peu la perplexité de Washington qui avait pourtant accueilli son arrivée au pouvoir avec une satisfaction déclarée. C’est ainsi qu’au début ce son mandat, il pense pouvoir s’engager à ce que la détente devienne une orientation permanente de la politique de la France. S’agissant de l’Acte final de la Conférence sur la Sécurité et la Coopération en Europe, il donne son accord à Brejnev qui l’en presse avec insistance. Cette initiative rend possible la signature, en août 1975, des accords d’Helsinki qui reconnaissent l’inviolabilité des frontières issues de la guerre en Europe. Mais la « troisième corbeille » va être utilisée activement par les dissidents.

Les péripéties de la crise des SS 20 qui s’amorce dans cette période résument sans doute d’une façon éclairante les palinodies de la période. Aux premiers jours de cette crise, en 1977, seul Helmut Schmidt s’inquiète à voix haute de l’implantation de ces armes soviétiques qui ne menacent en fait que la péninsule européenne. Paris ne s’exprime pas. Il faudra attendre deux années et le sommet de la Guadeloupe pour que Valéry Giscard d’Estaing, James Callaghan, Helmut Schmidt et Jimmy Carter s’entendent sur une riposte. Celle-ci trouve son expression dans une double décision énoncée, six mois plus tard, par les pays membres du commandement intégré de l’OTAN, et donc sans que la France y soit associée : retrait des SS 20 ou déploiement des Pershing II. Rien n’aurait interdit à la France de s’en montrer explicitement solidaire, mais elle se réfugie dans un silence qui, s’il peut être justifié en abusant d’un certain formalisme, n’en demeure pas moins politiquement fâcheux. Il donne en effet le sentiment d’une complaisance vis à vis de l’URSS qui, dans cette situation, est clairement l’agresseur. Pour résumer, il est clair que Valéry Giscard d’Estaing ne voulait alors rien faire alors qui prenne l’URSS de front, qu’il s’agisse de ces armements, de l’Afghanistan ou de la Pologne.

L’arrivée à la Présidence de la République de François Mitterrand porté par la mobilisation de la gauche tout entière ne pouvait qu’inquiéter l’administration américaine. Quelles ont été ses premières initiatives pour la rassurer et faire valoir ses orientations ?

H.V. - Ronald Reagan venait d’accéder au pouvoir au début de la même année en proclamant « America is back ». En quelques mois, cet homme s’était déjà constitué un capital de sympathie et de confiance dont aucun président américain n’avait plus joui depuis John Kennedy. Cet engouement se manifestait également en France et ce dans les milieux les plus inattendus. Pour François Mitterrand, de bonnes relations avec les États-Unis étaient nécessaires mais se devaient d’articuler les trois termes suivants : ami de la Nation américaine, allié des États-Unis, mais sans être aligné derrière l’Empire américain. Il était clair qu’avec la posture prise par Ronald Reagan dès les premiers jours de son mandat, cette équation ne lui ouvrait pas la voie de la facilité. Pour éviter que s’installe une incompréhension lourde de conséquences, François Mitterrand établit immédiatement des relations personnelles avec le Président américain et son Vice-président, George Bush, sans négliger Margaret Thatcher : son affinité marquée avec l’outre-Atlantique faisait d’elle en effet une interprète des plus utiles. Il a envoyé Claude Cheysson, ministre des Relations Extérieures, à Washington dès le 4 juin, mais cela n’a pas suffit : l’installation du gouvernement de Pierre Mauroy, avec en son sein quatre ministres communistes, a fait immédiatement réagir Ronald Reagan qui a dépêché dans les heures suivantes George Bush à Paris. D’une façon un peu inattendue, François Mitterrand a trouvé en celui-ci un interlocuteur attentif, cultivé, voire compréhensif. Si George Bush lui a exprimé les préoccupations de son président, il évite d’exercer la moindre pression : la composition de son gouvernement était l’affaire de la France et d’elle seule, a-t-il clairement concédé. Il a par contre manifesté son irritation s’agissant des positions du gouvernement français sur le Salvador et le Cambodge.

L’absolution que donnait au final Georges Bush n’était certes pas du goût de l’ensemble de l’administration américaine, du général Haig en particulier qui l’a fait savoir bruyamment. Il s’en est suivi quelques passes d’armes au terme desquelles François Mitterrand a réaffirmé avec fermeté qu’il entendait demeurer seul juge de ses décisions de politique intérieure. Avec cette réaction, l’incident est désormais clos. Cette question de la composition du gouvernement français et de sa politique intérieure ne sera plus jamais évoquée.

À ce point les deux présidents ne se sont pas encore rencontrés. Rien n’est donc vraiment affermi dans la relation qui se dessine.

H.V. - Effectivement, ce n’est qu’au sommet d’Ottawa, en juillet 1981, que les deux hommes seront mis en présence. Grâce, sans doute, à l’entremise de George Bush, le premier contact est de bonne qualité. La condamnation par François Mitterrand des SS 20 a contribué à réchauffer l’atmosphère. La communication d’informations sur l’action de la DST à Moscou (affaire Farewell) a également été très appréciée. Au final, il ressort principalement que les orientations de politique économique et financière de la France ne suscitent pas d’inquiétudes marquées, que les États-Unis acceptent d’entendre la critique de leurs taux d’intérêts élevés et l’excessive instabilité des taux de change, nocifs pour l’économie mondiale et que chaque nation a la possibilité d’organiser comme elle l’entend ses échanges Est-Ouest. À l’automne, le décor Est-Ouest et euro-américain est donc planté pour plus de deux ans. Entre les deux rives de l’Atlantique, il y a un accord fondamental pour rééquilibrer la menace des SS 20 et des désaccords sur les mesures à prendre en matière de commerce Est-Ouest et de sécurité globale. Ce à quoi s’ajouteront des différences sur la manière de réagir aux crises : Pologne, Amérique centrale. Autre donnée du problème, plus subtile : s’il suffit à François Mitterrand de persévérer dans une politique de fermeté avec l’URSS, il est clair qu’avec les États-Unis les rapports devront être sans cesse ajustés et réexpliqués. Etouffer dans l’oeuf toute tentative de marginalisation de la France socialiste est la préoccupation majeure de François Mitterrand au cours de ces premiers mois.

Ce qu’on a appelé le « discours de Cancun » n’était-il pas de nature à contrarier ce qui venait d’être acquis ?

H.V. - Effectivement, à Cancun, François Mitterrand va de nouveau exprimer pendant la réunion (il n’y a pas eu de discours) quelques points forts de ce qui le sépare de Ronald Reagan, comme il l’avait fait à Ottawa, comme il le fera à Versailles et à Williamsburg. À Cancun, il s’agit de « négociations globales Nord-Sud » dont Reagan ne veut pas. Notons que le discours, qui a fait tant de bruit, prononcé en fait à Mexico, prolongeait celui prononcé la veille même, lors de la célébration de l’anniversaire de la bataille de Yorktown. Il n’avait pas alors suscité de commentaires et tous s’étaient quittés bons amis. Evoquant les Insurgents, François Mitterrand avait filé, avec doigté, une comparaison entre les aspirations des combattants de l’indépendance américaine avec celles des peuples privés de la maîtrise de leur destin un peu partout dans le monde. Au Mexique, le propos était plus précis puisque François Mitterrand citait, parmi les peuples privés de justice sociale, ceux du continent américain, de cette « arrière-cour » traditionnelle des États-Unis. Cette déclaration a immédiatement provoqué des commentaires acerbes, relayés d’ailleurs par une large part de la presse française.

L’année 1983 est riche en rebondissements spectaculaires et en inflexions importantes dans les relations Est-Ouest...

H.V. - La question que posait François Mitterrand était celle de la nature de l’Alliance Atlantique. Après la décolonisation, les États-Unis, considérant que la menace soviétique était croissante dans le monde, avaient constamment tenté de déborder le cadre de l’Atlantique Nord pour faire jouer à l’Alliance un rôle dans les deux hémisphères. Leur objectif était de coordonner les réactions et de regrouper les politiques des Européens, des Israéliens, des Japonais, de l’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Il ne s’agissait pas pour eux d’établir des relations équilibrées et contractuelles entre alliés égaux en droit mais d’accroître leur contrôle sur les politiques menées en tous domaines par ces pays. Ceux-ci renâclaient le plus souvent et essayaient de limiter leurs concessions ou d’en tirer le meilleur prix. Ils s’abritaient très fréquemment derrière la France en escomptant que celle-ci résisterait aux prétentions excessives des États-Unis.

Le Conseil de l’Atlantique Nord, à Bonn, en 1982, juste après le Sommet de Versailles, résumait dans sa déclaration finale les éléments du débat et des divergences des différents partenaires en présence : tout en affichant un accord sur le fait que chacun avait intérêt au maintien de la paix et de la sécurité dans d’autres régions du monde, en posant le principe de consultations multilatérales chaque fois que celles-ci sembleraient menacées, il laissait à chacun la liberté d’apprécier s’il entendait répondre aux demandes d’assistance d’États souverains qui se jugeraient menacés. Donc pas d’extension géographique.

Par ailleurs, en 1983, l’affaire des euromissiles battait son plein. Tous les projets que François Mitterrand pouvait envisager pour l’Europe, nos rapports avec les États-Unis, l’URSS, l’Allemagne demeuraient soumis à cette condition préalable : rétablir l’équilibre des forces en Europe. Il choisit alors l’occasion d’une invitation du Chancelier à parler au Bundestag pour s’adresser, en janvier 1983, à une opinion allemande profondément divisée et perturbée par ce problème. La paix, rappelle-t-il alors, est fondée et garantie par l’équilibre des forces, non par la bonne volonté, la détente ou le désarmement unilatéral. Ce langage, sans concession, a immédiatement fait mouche tant auprès des gouvernements européens que pour Ronald Reagan qui s’empresse alors de remercier le Président.

Mais l’embellie a été de courte durée. Il est en effet très rapidement apparu que le Sommet de Willamsburg de mai 1983 alors en cours de préparation verrait d’autres affrontements. L’essentiel se cristallisait autour de la notion de « sécurité globale » (extension au Japon des garanties de l’OTAN) servie sur un plateau par Margaret Thatcher à Ronald Reagan qui s’en est emparé avec gourmandise. Dans ce débat, François Mitterrand a été le plus souvent isolé. S’il finit par se résigner à transiger a minima sur cette notion, craignant malgré tout, qu’elle ne se révèle être un piège par la suite, il obtient un net refus de la prise en compte des forces nucléaires des pays tiers, nommément celles de la France et de la Grande-Bretagne, dans les futures négociations de désarmement.

Durant l’été qui suit, Américains et Soviétiques s’observaient tandis qu’un peu partout en Europe les manifestations pacifistes se multipliaient et enflaient, avec une ampleur toute particulière en RFA. Mais les jeux sont faits : puisque les Russes ne retirent pas les leurs, les Américains sont décidés à déployer leurs missiles en Europe. Au mois d’octobre, François Mitterrand prononce à Bruxelles la fameuse phrase « Les euromissiles sont à l’Est, les pacifistes sont à l’Ouest. » Cette prise de position s’avère être d’un précieux secours pour le Chancelier Kohl auprès de son opinion publique. Le 24 novembre, le Bundestag approuvait le déploiement de Pershing sur son sol. Avec cet acte, l’interminable feuilleton des SS 20 était sur le point de se terminer.

Le regard que porte alors les Américains sur François Mitterrand s’en trouve-t-il modifié ?

H.V. - Celui-ci ne cesse pas de les intriguer. Un Président socialiste, allié aux communistes, mais partisan des Pershing : voilà un profil qui n’entrait pas aisément dans le cadre de référence à travers lequel ils jugeaient leur environnement international. Mais l’année 1984 verra les relations entre les deux rives de l’Atlantique prendre un tour plus facile. Le voyage d’Etat du Président aux États-Unis se déroule dans un excellent climat. Soigneusement préparé, avec un effort tout particulier par voix de médias en direction de l’opinion publique américaine, il a donné l’occasion aux deux leaders de discussion studieuse, dépassionnée. À Ronald Reagan, qui se préparait à entrer en campagne électorale satisfait de son bilan, François Mitterrand a recommandé de se placer dans une bonne situation psychologique pour le jour certain où le Premier soviétique voudrait négocier. Ronald Reagan, attentif, a acquiescé : il serait prêt lorsque ce jour viendrait. Il ne veut pas les agresser.

Un peu plus tard, les cérémonies de commémoration du quarantième anniversaire du débarquement autant que le Sommet des Sept à Londres ont encore permis des échanges Mitterrand/Reagan constructifs et sereins. Mais cette phase de répit s’achève bientôt car déjà deux nouvelles exigences sont en préparation à la Maison Blanche : la Strategic Defense Initiative (SDI) et les négociations dans le cadre du GATT. Elles contraindront François Mitterrand à de nouveaux refus. Certaines querelles reprendront.

Ces querelles s’inscrivent, assez vite, dans un contexte nouveau : Gorbatchev arrive au pouvoir en 1985…

H.V. - Dès sa première rencontre avec ce nouveau responsable soviétique, François Mitterrand qui s’entretient avec lui aux obsèques de Tchernenko découvre un homme moderne, chaleureux et direct, débarrassé du lourd manteau et du langage contraint de ses prédécesseurs. Cela lui fait penser, prudemment, que de nouvelles portes pourraient s’entrouvrir. Mais lesquelles et pour aller où ? Car Gorbatchev, s’il se donne une liberté de ton et d’allure qui tranche avec le passé, ne modifie pas encore l’antienne soviétique sur les dossiers les plus brûlants. Ronald Reagan, après un premier contact, en retire une impression à peu près similaire. Mais, les inflexions attendues ou espérées n’étant pas sur la table, les deux responsables occidentaux en sont réduits à faire un concours de pronostics qui, d’ailleurs, ne se recoupent guère.

On sait aujourd’hui que l’année 1986 a marqué un tournant décisif dans les relations Est-Ouest. Les partenaires occidentaux en ont-il immédiatement tiré les bonnes conclusions ?

H.V. - À partir de cette année, Reagan et Gorbatchev bousculent effectivement les relations internationales et le système stratégique. Le désarroi des principaux responsables occidentaux est manifeste quand les deux leaders décident de se défaire des armes de la stratégie de « riposte graduée ». François Mitterrand y est prêt. C’est pour lui une occasion de se montrer logique avec lui-même. Il encourage le renoncement à un concept stratégique qu’il a toujours jugé illusoire et néfaste. C’est, par ailleurs, pour lui l’occasion de défendre, une fois de plus, l’autonomie de la France, d’autant qu’il n’a jamais été prévu d’automaticité de l’intervention des États-Unis dans le cas d’une agression soviétique. Il répète la démonstration qu’il a déjà fréquemment exposée de l’ineptie de la « riposte graduée » : seule la menace d’une riposte massive et rapide des alliés peut dissuader les Soviétiques d’une agression. Il défend la vraie dissuasion.

Au sommet de Venise par exemple, en juin 1987, cette question est l’occasion d’échanges extraordinaires. À l’intention de Margaret Thatcher, qui exprime des doutes quant à la loyauté et à la solidarité française en cas de conflit, il fait la démonstration de la confusion et de l’inefficacité de la doctrine à laquelle elle s’attache : la défense de l’Europe et de la République fédérale est l’affaire de l’Alliance atlantique, ce n’est pas la mission de la force autonome de la France. Pour lui, il ne fait aucun doute que la riposte graduée, qui revient à n’envisager que comme une étape d’un processus le fait que, par exemple, Bonn soit assiégée, est dangereuse. Bonn assiégée, cela signifierait que la guerre est déjà perdue. La dissuasion doit jouer en amont.

À partir de 1990, la menace soviétique n’est plus d’actualité. La stratégie en vigueur depuis près de quarante ans perd dès lors de sa validité. Quelles évolutions est-il alors possible d’envisager ?

H.V. - François Mitterrand constate très rapidement que George Bush, qui est alors à la tête des États-Unis, n’a qu’un souci en tête : assurer le maintien et la survie de l’OTAN.

Il s’oriente alors vers un schéma qui lui semble possible : bâtir un projet franco-allemand de défense et de sécurité, en tenir bien sûr informer les États-Unis et les autres Européens et ne traiter de cette question que dans les Conseils européens pour qu’elle ne soit pas préemptée et détournée de son objet.

La première réaction à cette initiative est la création par l’OTAN d’une Force de réaction rapide, ce qui montre qu’elle n’entend pas se laisser déposséder par une initiative européenne du même type. Le débat est alors relancé sur l’emploi des différents types d’armes, sur la nature et la manière de caractériser les menaces éventuelles, sur la liberté d’appréciation des différents partenaires en cas de crise. Il aborde tous ces problèmes avec la constance qui a toujours été la sienne, en y ajoutant le poids d’une expérience et d’une réflexion qu’il n’a jamais cessé d’approfondir. « L’indispensable autonomie de décision du Chef de l’Etat exclut que cette décision soit remise à des instances internationales, et même à une Alliance, et même aux plus fidèles, aux plus proches, aux plus forts de nos alliés. » Cette phrase prononcée au printemps 1994 au cours d’une intervention qui se voulait une sorte de « testament stratégique » résume d’un trait ce qu’a été sa ligne de conduite permanente face aux États-Unis, dans les moments les plus périlleux autant que dans les embellies qui auraient pu être abusivement grisantes.

Au fond, François Mitterrand aimait bien les États-Unis. Il était leur allié sincère et convaincu. Mais il connaissait bien leur tendance hégémonique et était intransigeant, sans agressivité, sur le maintien de l’autonomie de décision de la France.

Propos recueillis par Jean-François Huchet.


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