12 septembre 1991

Aux assises nationales des petites villes de France, François Mitterrand en appelle à la solidarité financière entre collectivités rurales.

La préparation du voyage officiel aux Etats-Unis de mars 1984


Point de vue | par Alexandre Bacqueville le 20 octobre 2009

La vie diplomatique est un ballet incessant de rencontres, voyages, sommets bilatéraux, multilatéraux... Ces échéances diplomatiques constituent des balises par lesquelles il faut passer et nécessitent une préparation de la part des collaborateurs du président de la République et des différentes administrations. L’étude plus précise d’un exemple, en l’occurrence un voyage officiel, en s’appuyant sur une source fondamentale, les archives, permet de pénétrer dans la fabrique de la diplomatie française. Plonger dans l’activité de l’Elysée c’est entrer dans le coeur de la machine diplomatique française.

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Voyage officiel du Président François Mitterrand aux Etats-Unis
cérémonie d’accueil à la Maison Blanche le 22 mars 1984. (DR/IFM)

Une visite officielle aux Etats-Unis est un moment particulièrement important pour la présidence de la République, un point de passage diplomatique qui nécessite une grande préparation. Elle n’engage pas simplement les conseillers présidentiels. L’Elysée, de manière plus précise Hubert Védrine, le responsable de l’organisation du voyage en tant que conseiller diplomatique, reçoit les notes des différents ministères concernés par le voyage, les messages de l’ambassade, du consulat de San Francisco qui se révèle particulièrement actif sur l’étape californienne, des invitations extérieures.

Des conseillers reçoivent directement des lettres de connaissances qui proposent d’apporter une contribution. L’Elysée n’est pas simplement un maillon de la chaîne mais se retrouve au centre de l’activité diplomatique française.

Il est difficile d’établir une chronologie claire de la préparation du voyage. Différents éléments peuvent se mélanger dans le même temps. Pendant la composition du programme des idées peuvent circuler - au travers de notes écrites, principal mode de travail et de communication à l’Elysée - sur la stratégie globale alors que des projets de discours sont rédigés dans un ministère et parviennent à l’Elysée. On ne pourra donc pas aborder la préparation de l’événement de façon purement chronologique, mais on fera ressortir les différents rythmes de l’activité préparatoire.

1984 est une année de « répit » [1] dans cette relation cyclique franco-américaine qui voit s’alterner les phases de secousse et les périodes plus calmes. La fermeté de la position française dans l’affaire des euromissiles est appréciée. Cependant les orientations stratégiques américaines suscitent l’opposition de François Mitterrand qui, au sommet de Williamsburg en mai 1983, refuse la volonté américaine d’élargir l’Alliance atlantique.

Organiser un voyage présidentiel et composer un programme

Le premier document mentionnant le voyage présidentiel est une lettre de Ronald Reagan datant du 17 juin 1983. Il propose de recevoir le président de la République en visite d’Etat au début de l’année 1984. L’ambassadeur français aux Etats-Unis Bernard Vernier-Palliez est pressé par les autorités américaines pour accepter la période mars-avril.

La première démarche consiste à fixer une date. Hubert Védrine le fait en relation avec l’ambassade, surtout l’ambassadeur et le premier secrétaire Elie de Noailles, ainsi que le secrétariat particulier du président. Il arrête une date en fonction des engagements diplomatiques. L’engagement principal est le Conseil européen qui a lieu les 19 et 20 mars 1984, sous la présidence française. Dès septembre 1983, après plusieurs propositions, on arrête les dates du jeudi 22 au mardi 27 mars. Plus généralement il faut souligner l’importance de la gestion du calendrier diplomatique et de l’agenda présidentiel. Ce calendrier est balisé par de nombreux rendez-vous qui s’imposent au président.

Régis Debray le compare à une « course annuelle d’obstacles » qui constitue un véritable carcan pour les dirigeants [2]. L’enjeu est simple, il s’agit de rester maître de son temps, parvenir à se conserver une marge de manoeuvre.

L’Elysée s’active véritablement à la fin de l’année 1983. Les premières invitations parviennent en novembre et décembre et se multiplient au début de l’année 1984. Elles sont adressées directement à des conseillers, comme des associations juives qui s’adressent au conseiller spécial Jacques Attali.

Des universités, des fondations, des sénateurs, se manifestent. Certaines demandes passent par les ministres. Dans une lettre au président, Jack Lang, ministre de la Culture proche du président précise que Elie Wiesel souhaiterait lui remettre une récompense honorifique à l’université de Boston. D’autres sollicitations, comme celle du Commonwealth Club de Californie [3]. transitent via le consul général de San Francisco, Gerard Errera.

Les projets et les invitations qui parviennent à l’Elysée permettent progressivement de composer une ébauche de programme. Le conseiller diplomatique assure le lien entre le président et l’ambassadeur, transmet certaines orientations du président, qui insiste pour se rendre dans le Middle West et à l’invitation de Elie Wiesel. A l’inverse, les recommandations de l’ambassadeur parviennent à François Mitterrand par son intermédiaire, comme le projet de l’étape d’Atlanta qui permettrait de visiter le mémorial Martin Luther King. Le programme est chargé le plus possible ce qui conduit à rallonger la durée du voyage de deux jours, du 21 au 28 mars. On propose deux nouvelles étapes conformément à la volonté présidentielle, New York et le Middle West en plus de Washington, Atlanta et San Francisco. C’est le plus long voyage officiel de François Mitterrand depuis son élection, un vrai périple qui nécessite deux missions préparatoires.

Au retour de la première mission préparatoire qui a lieu du 23 au 28 janvier 1984, à laquelle participent Jean-Michel Gaillard, conseiller diplomatique adjoint, et Mary Sills, conseillère de l’Elysée la plus dynamique sur la question de l’image de la France aux Etats-Unis, l’essentiel du programme est arrêté. Les trois premières étapes, Washington, Atlanta et San Francisco, sont fixées dans le détail. Une deuxième mission préparatoire part le 13 février pour examiner les deux dernières étapes. Le mardi 27 mars on prévoit de se rendre dans l’exploitation du secrétaire à l’agriculture américain John Block dans l’Illinois. Le 28 mars est consacré à New York. Le programme final ne subira qu’une seule modification. Avant l’étape de New York, le mardi 27 le président décidera de s’arrêter à Pittsburgh, suite à une suggestion de Jean-Jacques Servan-Schreiber.

De plus, 1984 est une année électorale aux Etats-Unis, il serait très mal vu de consacrer plus de temps au camp démocrate qu’à celui des républicains [4]. Il ne faut pas froisser la Maison Blanche sur cette question. Après Washington, étape républicaine, deux étapes démocrates, Atlanta et San Francisco, puis une étape républicaine, l’Illinois, permet d’équilibrer l’orientation politique. En outre l’Illinois pourrait avoir un bon écho en France. « Au coeur de la puissance agricole américaine le président de la République défend l’agriculture française » écrit Hubert Védrine.

Après les deux missions préparatoires et la fixation du programme il reste à déterminer la délégation pour accompagner le président. Le protocole français, en liaison avec le protocole américain, fait parvenir des informations à Hubert Védrine qui fait parfois remonter certaines données jusqu’au président ou fait redescendre la volonté présidentielle. Par ailleurs, sur les transports Hubert Védrine reçoit plusieurs notes de l’état-major particulier qui font état des conditions de sécurité. Dans le même temps le service de presse, Nathalie Duhamel notamment, s’active pour placer des journalistes français et permettre une couverture importante de l’événement de la part des médias nationaux. Préparation multiforme, le rythme de l’activité préparatoire s’accélère à l’approche du voyage, dès le début de l’année 1984 et les documents sur le voyage se multiplient. Il en est de même à l’extérieur de l’Elysée, les premières analyses et les projets de discours provenant de différents ministères parviennent à l’Elysée.

« Produire une image » et « obtenir des résultats » [5]

Les questions concernant l’image de la France et du président aux Etats-Unis sont primordiales. Une cellule « image de la France aux Etats-Unis », fondée bien avant ce voyage officiel, a déjà produit des réflexions qui constituent le soubassement intellectuel de la préparation médiatique.

Cette cellule informelle regroupe des personnes de différents horizons. Outre les deux conseillers de l’Elysée Mary Sills et Charles Salzmann, Jean-Louis Gergorin du Centre d’analyse et de prévision, Francis Gutman le secrétaire général du Quai d’Orsay, des représentants des ministères de la Culture, de l’Industrie, du Commerce extérieur ou d’autres ministères selon l’ordre du jour y participent tout comme le président de la Fondation Franco-américaine Jacques Marchandise. Dès la fin 1983 elle consacre son activité à préparer cette visite.

A l’approche du voyage il s’agit de concevoir une stratégie médiatique plus précise pour toucher les bons médias. Philippe Faure le conseiller de presse de l’ambassade se charge de sélectionner les médias. On retiendra le programme de presse qu’il fait parvenir à l’Elysée au mois de novembre 1983. Dans ce dossier il décrit précisément de nombreux médias, insiste sur les audiences, propose de s’attarder sur ceux qui permettent de « toucher en profondeur l’opinion publique américaine ». Certaines de ses propositions verront le jour, comme le projet d’écrire un article au nom du président dans le journal Parade (23 millions de copies distribuées) afin de s’adresser au public américain dans son langage et de faire passer des messages simples à l’opinion publique. Le président se montre favorable à ce projet. Charles Salzmann se rend aux Etats-Unis pour obtenir l’autorisation du journal et Hubert Védrine rédige le texte. Cet article reprend deux idées : la France est un allié solide au sein d’une alliance qui accepte la diversité des positions et un pays qui entre dans une phase de modernisation économique.

L’Elysée est aussi sensible à l’opinion publique française. Le service de presse se démène pour pouvoir « offrir des bonnes images » à la presse française. Ce voyage est l’occasion de montrer « l’image d’un président qui veut une France technologiquement moderne et compétitive » [6].

L’enjeu de l’image est au centre de cette préparation, mais il ne faut pas omettre la dimension politique du voyage. Dans ce domaine la plupart des réflexions proviennent du Quai d’Orsay. On peut retenir les réflexions de Jacques Andréani, le directeur de Affaires politiques, qui pèsent sur l’orientation globale des interventions du président. Selon lui ce voyage offre l’occasion de symboliser une nouvelle caractéristique des relations franco-américaines, la sérénité. Néanmoins cette évolution est « fragile » [7] car Français et Américains ne partagent pas la même conception de l’Alliance atlantique. Les Etats-Unis cherchent à l’élargir géographiquement, fonctionnellement et à garantir le leadership américain. Au contraire, la position française est celle d’une Alliance limitée dans son contenu reposant sur la concertation et le respect de l’indépendance des pays. D’autres désaccords sont à prendre en compte comme l’approche divergente des problèmes du tiers-monde.

Cette différence d’angle de vue rend souhaitable l’établissement d’une meilleure consultation entre les deux pays. Quand Jacques Andréani dit qu’il faut « obtenir des résultats » il pense à améliorer la compréhension des positions respectives sur les grandes questions internationales pour atténuer les futurs malentendus. Il est souhaitable d’adopter une attitude spécifique pour faire accepter l’insuffisance des consultations et la conception française de l’Alliance. Le principal consiste à mettre en valeur la fermeté française face à l’Est pour promouvoir un dialogue avec l’URSS. Cette orientation est difficile à accepter pour les Américains, mieux vaut donc procéder par des touches légères, en formulant des doutes, plutôt que de les heurter de front. Le Quai d’Orsay produit le soubassement de la réflexion politique qui accompagne la préparation du voyage. Pourtant, ce n’est pas le Quai qui dicte à l’Elysée ce qu’il faut dire ou faire, c’est aussi le ministère qui s’adapte à la pensée présidentielle.

Le dialogue culturel est aussi évoqué. Il vise à surmonter un « malentendu culturel » [8]. persistant entre les deux pays. La faiblesse numérique des échanges de jeunes est mise en évidence tout comme la volonté de favoriser la tenue régulière de rencontres entre les responsables culturels français et américains, publics et privés, afin d’encourager les échanges universitaires et culturels. Toutes ces réflexions fournissent des éléments pour les discours et les entretiens.

Les processus de préparation des discours et des entretiens

Dès le mois de janvier 1984 des premiers projets de discours sont transmis à l’Elysée. C’est surtout à partir du 14 février 1984 que la machine gouvernementale se met en marche. A l’issue d’une réunion interministérielle tenue à Matignon ce même jour, portant sur la préparation de la visite d’Etat du président, toutes les administrations concernées doivent apporter une contribution [9]. Un grand voyage présidentiel n’est pas seulement l’affaire de l’Elysée.

En plus des différents ministères, l’ambassade est logiquement en première ligne, le consulat général de San Francisco fournit aussi une expertise et un ancrage local alors que des personnes extérieures à l’administration apportent une aide. Le discours économique prononcé devant le Commonwealth Club de Californie illustre cette diversité des contributions. Le consulat général de San Francisco, l’ambassade et le Centre d’analyse et de prévision rédigent séparément des projets. A l’Elysée le projet de discours circule ensuite entre les mains de neuf conseillers [10].

Les entretiens nécessitent également une préparation. Outre les représentants politiques comme Ronald Reagan et le vice président Georges Bush, le chef de l’Etat approche les milieux les plus diversifiés, économiques, intellectuels et agricoles. Il rencontre le directeur du FMI, le président de la chambre de commerce américaine, des entrepreneurs, des sénateurs, des gouverneurs, des maires... A chaque rencontre une fiche biographique est mise au point. La situation politique du lieu visité, la présence française et les projets à venir sont aussi mentionnés.

Cette activité préparatoire est très ample et variée mais deux moments forts demandent une approche particulière : le discours devant le Congrès et les entretiens avec Ronald Reagan.

Le discours prononcé devant le Congrès américain est préparé très activement par les conseillers élyséens. Préparer cette intervention ne se limite pas à écrire un texte. Le chef de l’Etat est informé sur le fonctionnement du Congrès, le climat politique et les attentes des parlementaires américains.

Le processus d’élaboration de ce discours est assez classique. En février 1984 le Quai d’Orsay fournit un plan détaillé. Le texte est ensuite rédigé par Hubert Védrine pour les questions politiques, Elisabeth Guigou pour les questions économiques. Il est revu par Erik Arnoult, Bernard Vernier-Palliez, Jean-Louis Bianco et Jacques Attali qui se transmettent le projet. Quand une version est prête on la fait parvenir au président qui fournit ses indications. Au final, le projet du Quai d’Orsay est précisé par les conseillers élyséens et le président s’est approprié son discours. Après une introduction sur l’amitié franco-américaine il aborde les grandes questions politiques et l’Est-Ouest,
puis les relations économiques internationales. « N’ayons pas peur de dialoguer avec l’Union Soviétique » dit-il. C’est le message politique à retenir. Des points délicats sont abordés comme la conception de l’Alliance, « entre pays libres ».

Concernant les différences dans la façon d’envisager les problèmes du tiers-monde François Mitterrand est plus didactique. « Bien des évolutions ou des guerres dans le tiers-monde trouvent d’abord leurs racines dans la pauvreté et dans l’exploitation économique ». Les guerres civiles ne naissent pas seulement de l’ « étranger », c’est à dire l’URSS qui y trouve son intérêt. Ces pays doivent trouver « une voie propre vers plus de justice, plus de démocratie et plus d’indépendance ».

La France soutient ces démarches. Jacques Andréani proposait d’aborder ces questions de façon indirecte, en posant des questions, la « manière Mitterrand » est plus « progressive » et « cursive ». [11]

Les autres temps forts du voyage sont les rencontres avec le président américain Ronald Reagan. Aucune crise immédiate ne dicte le contenu des conversations. Il n’y a donc pas d’ordre du jour pour les deux entretiens. Quatre notes sont transmises au président pour aborder ces entretiens. Hubert Védrine écrit une note sur les questions politiques et les résultats bilatéraux attendus de cette visite [12], Elisabeth Guigou traite des problèmes économiques, Jean-Daniel Lévi le conseiller scientifique évoque la coopération spatiale, et une note est consacrée à la présence française aux Etats-Unis.

L’activité des conseillers repose en partie sur un travail d’organisation et de mise en relation mais ces notes de Hubert Védrine et de Elisabeth Guigou relèvent d’un autre registre. Elles sont une analyse poussée, une plus value apportée à la réflexion présidentielle. Hubert Védrine commence par une mise en garde, les échéances électorales aux Etats-Unis peuvent être l’occasion pour Ronald Reagan de tirer parti de la réception du président français pour lui faire « cautionner de façon trop précise sa vision du monde ». Sur le plan bilatéral il résume « que l’on peut être allié et indépendant, coopérer sans s’inféoder, d’accord sur l’essentiel et éventuellement en désaccord sur des problèmes précis sans être pour cela ni pro ni anti-américain, mais seulement profrançais ». Il poursuit notamment sur les négociations de désarmement entre l’URSS et les Etats-Unis, et ce qu’il y a de plus important pour la France, la non prise en compte de sa force de dissuasion, autonome et stratégique. Le conseiller diplomatique met aussi l’accent sur deux points qui n’apparaissent pas dans les analyses du Quai d’Orsay. Le chef de l’Etat prévoit de se rendre à Moscou pour renouer les relations au plus haut niveau avec l’URSS. Il faudrait tenir au courant les Américains. Par ailleurs l’Initiative de défense stratégique américaine [13] met l’Europe dans une situation inconfortable.

Comment les Européens seraient-ils protégés par ce système ? Ce problème le conduit à souhaiter une véritable consultation régulière, non pas concomitante aux décisions américaines. La note de Elisabeth Guigou est aussi poussée et précise, tant sur la situation économique intérieure des Etats-Unis que sur les relations économiques bilatérales.

Les discussions entre les deux présidents ne portent pas directement sur ces éléments de réflexion mais se concentrent sur l’URSS [14].

Le président français insiste pour être ouvert au dialogue. Il s’étend notamment sur le « complexe d’encerclement » des Soviétiques. Il faut les rassurer et accepter la discussion avec eux, ce qui le conduira à se rendre en URSS. Avec du recul on peut penser que ces entretiens ont permis « une meilleure compréhension personnelle entre les deux présidents, surtout sur l’Est-Ouest, ce qui se révélera utile et fécond à partir du moment où, à Moscou, Mikhaïl Gorbatchev sera au pouvoir » [15] dès mars 1985. Il est pourtant nécessaire de nuancer cela en mentionnant l’impossibilité d’établir une meilleure consultation, et d’atténuer les futurs malentendus. Les réflexions provenant du Quai d’Orsay soulignaient la fragilité de l’évolution des relations franco-américaines vers plus de sérénité et l’objectif de tuer dans l’oeuf les futures tensions. Or, dès 1985 les désaccords sur l’IDS vont éclater.

Sur le plan médiatique, ce voyage est une réussite. « Nettement positif : tel est le bilan qu’on peut dresser du voyage de François Mitterrand aux Etats-Unis » titre le Monde du 30 mars. Les réactions américaines sont également positives. [16]

Plus généralement, on insistera sur l’ampleur de l’activité préparatoire et de la coordination Elysée, ambassade, consulat de San Francisco, ministères concernés. Toute cette activité qui se met en marche est tournée vers la présidence, en particulier le conseiller diplomatique, responsable de l’organisation des voyages du président, comme le prouve la masse des documents qui parviennent à l’Elysée. Il faut aussi mettre l’accent sur la rapidité des interactions entre les acteurs et une certaine
souplesse dans l’organisation des relations. Un voyage s’organise et se pense, les discours et les entretiens nécessitent une attention particulière de la part de certains conseillers élyséens. L’étude de la préparation d’un voyage présidentiel se révèle ainsi précieuse et enrichissante pour l’historien qui cherche à saisir la réalité et la diversité de l’activité diplomatique de l’Elysée.

Alexandre Bacqueville, Lauréat du Prix « Master » 2009, « prix d’encouragement ».

Ces quelques pages constituaient à l’origine un chapitre d’un mémoire de M1 sur « L’activité diplomatique de l’Elysée. 1981-1986 ». Ce texte, largement remanié et raccourci pour l’occasion, visait à analyser précisément un aspect du travail des conseillers élyséens qui participent à l’élaboration de la politique étrangère française.

[1Hubert Védrine, Les mondes de François Mitterrand. A l’Elysée 1981-1995, Paris, Fayard, 1996, p. 251.

[2Régis Debray, La Puissance et les rêves, Paris, Gallimard, 1984, p. 216.

[3De nombreux responsables politiques américains, y compris des présidents américains, et des responsables étrangers se sont exprimés devant ce club. Georges Pompidou y avait prononcé un discours lors de sa visite d’Etat en 1970.

Plus de 400 chaînes de radio couvrant la plupart du territoire américain retransmettent ces discours qui font également l’objet d’une publication adressée aux 14 000 membres de l’Institution

[4Hubert Védrine insiste sur ce point dans plusieurs notes au président.

[5Note de Jacques Andréani du 1er mars 1984.

[6Dans une lettre du 26 janvier 1984 adressée à Christian Sautter, secrétaire général adjoint de l’Elysée, Ezra Suleiman, un intellectuel américain, évoque cette possibilité de renforcer l’image de François Mitterrand en France. Cette lettre est ensuite transmise à Jean-Michel Gaillard qui l’annote pour Hubert Védrine.

[7Note commune de Bernard Dorin, directeur de la direction Amérique, et Jean-Louis Gergorin du Centre d’analyse et de prévision, datant de mars 1984.

[8Note de mars 1984 provenant de la direction Amérique sur les relations culturelles franco- américaines, transmise à Hubert Védrine et Erik Arnoult, conseiller culturel

[9Le compte rendu de la réunion interministérielle mentionne ces administrations : la direction Amérique du Quai d’Orsay, la direction du Trésor, la direction des relations économiques extérieures, la direction des relations économiques et financières du Quai d’Orsay, le ministère des Affaires européennes.

[10Alain Boublil chargé des questions industrielles, Elisabeth Guigou spécialisée dans les relations économiques internationales et Hubert Védrine préparent un texte précis. Il est revu par Charles Salzmann, un conseiller proche du président, François-Xavier Stasse chargé de l’économie, Christian Sautter secrétaire général adjoint, Jean-Louis Bianco secrétaire général de l’Elysée, Jacques Attali et Erik Arnoult ( l’écrivain Erik Orsenna, conseiller culturel).

[11Hubert Védrine, Les mondes de François Mitterrand. A l’Elysée 1981-1995, op.cit. p. 255.

[12Plusieurs protocoles d’accords sont prévus : coopération en matière de lutte contre le terrorisme pour préparer le prochain sommet des pays industrialisés, le sommet de Londres ; accroissement des échanges culturels ; coopération spatiale avec la proposition américaine de faire participer un Français à un vol habité.

[13L’IDS est un programme lancé en 1983 par Ronald Reagan visant à protéger les Etats-Unis par un bouclier spatial identifiant et anéantissant tout missile venu de la haute atmosphère.

[14Le contenu des entretiens est abordé dans : Jacques Attali, Verbatim 2 Chronique des années 1981-1986. Deuxième partie 1983-1986, Paris, Fayard, 1995, pp. 923-927. Pierre Favier, Michel Martin-Roland, La décennie Mitterrand, Les épreuves 1984-1988, Paris, Seuil, 1991, pp 270-275.

[15Hubert Védrine, Les mondes de François Mitterrand. A l’Elysée 1981-1995, op.cit. p. 258.

[16Voir dans les archives la « revue de presse ». En outre le 11 mars 1984 la cellule image de la France aux Etats-Unis fait le point sur ce voyage. La France est désormais perçue comme un pays qui cherche à se moderniser alors que l’image d’un allié est consolidée. « La perception de la France en profondeur a bougé » écrit Mary Sills qui souhaite « prolonger l’écho » de ce voyage. Il convient certainement d’être plus prudent. Mesurer l’impact réel mériterait une analyse précise de la presse écrite et audiovisuelle aux Etats-Unis.


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