28 septembre 1984

François Mitterrand reçoit Coluche à l'Elysée.

La politique des grands travaux


Editorial | par Hubert Védrine le 10 avril 2006

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D’une façon ou d’une autre, élu Président, François Mitterrand aurait marqué de son empreinte la physionomie de Paris. Et cela, non par syndrome présidentiel.

Inutile en l’espèce de rechercher l’ombre portée de De Gaulle qui avait présidé, sans s’en soucier, à l’une des plus ternes périodes de l’architecture française et à l’une des plus néfastes de son urbanisme. Ni de se référer au Beaubourg de Pompidou que François Mitterrand ne détestait pas mais qui ne compense pas son « adapter Paris à l’automobile ». Ou à Valéry Giscard d’Estaing qui a eu le mérite de mettre un terme à cet urbanisme-là, et de préserver la gare d’Orsay.

C’est par son propre cheminement que François Mitterrand se ressentait « dans toute ville empereur, ou ce qui revient au même architecte... Je tranche, je décide, j’arbitre » avait-t-il écrit dans La Paille et le Grain.

Provincial, élevé à la campagne, François Mitterrand a eu la passion des villes. Pas des agglomérations ni du magma urbain contemporain, mais des vraies villes sédimentées par l’histoire des peuples ou façonnées par ses grands concepteurs. Villes plates - Pékin (à l’époque !), Venise, villes arabes ou africaines. Villes en hauteur d’Amérique du Nord, et d’abord New York. On sait aussi le soin qu’il portait au moindre détail d’aménagement de Château-Chinon. Je me souviens de son intérêt détaillé pour une exposition que j’avais organisée, alors que j’étais à la direction de l’architecture, sur les constructions contemporaines dans les quartiers anciens.

Cette inclination associée à son amour particulier pour Paris, celui qui se parcourt à pied, jamais loin d’une rive de la Seine, devait en faire le Président des grands travaux. Presque autant maire de Paris que le maire de Paris en titre !

Dans certains cas, le Président Mitterrand a dû trancher des problèmes qui se seraient posés de toute façon : poursuivre l’Institut du monde arabe ? Que faire d’Orsay ? Dans d’autres, répondre à des besoins insatisfaits : celui d’un nouvel Opéra, d’un lieu pour la musique, d’une plus grande bibliothèque. Ou encore poursuivre un dessein : fermer la perspective de la Défense. Dans le cas du Louvre, c’est vraiment son idée (inspirée) qui donna naissance au fil des années, à travers son dialogue avec Pei et Macary, au plus grand musée du monde et à la pyramide, réussites incomparables.

Dans la plupart des cas, à part celui-ci, il n’imposera pas ses conceptions. Il enclenche des processus, écarte les obstacles, mais ce sont les jurys qui décident des formes architecturales.

Au moment où Paris va s’enrichir, au printemps, d’un musée des Arts premiers voulu par le Président Chirac, nous avons souhaité rappeler dans ce numéro cette politique des grands travaux, et le rayonnement qu’elle a redonné à Paris à travers de passionnants témoignages d’architectes, de politiques, de hauts fonctionnaires, d’experts, de ceux qui ont participé à la conception ou à la mise en œuvre de ces grandes réalisations, ou bien de ceux qui ont eu la charge de faire vivre les institutions qui en sont nées.


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