24 juin 1981

Le vice-président Bush expose au cours d’un entretien l’inquiétude des Etats-Unis concernant l’entrée des communistes au gouvernement.

François Mitterrand : allocutions sur la Défense


1977 - 1983 - 1991

Archives | par François Mitterrand le 27 juillet 2015

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A2, Cartes sur Table : le 21 septembre 1977

François Mitterrand répond aux questions de Jean-Pierre Elkabbach et Alain Duhamel le 21 septembre 1977 lors de l’émission Carte sur Table sur Antenne 2, alors que le sommet de la Gauche est en cours (alors que la réunion est suspendu). Parmi les sujets abordés « la défense nationale et la force de frappe ». Dans la nuit du 22 au 23 septembre 1977, l’échec des négociations entre le PCF et le Parti socialiste entraîne la rupture de l’Union de la Gauche et du programme commun.

A 2 - II y a deux autres points importants dans la discussion actuelle, et qui touchent, l’un au secteur social, l’autre à la défense nationale et à la force de frappe...

François Mitterrand - II y en a bien d’autres. (…)

A2 - II reste un dernier point : la force de frappe.

François Mitterrand - Soyons nets ! Nous avons parlé au pays depuis des années, communistes, socialistes, radicaux de gauche. Et depuis des années nous avons dit non à la bombe atomique. Nous avons expliqué pourquoi : c’est dangereux pour la sécurité du pays, c’est trop coûteux pour notre économie, c’est inutile ou inefficace. Et cela s’est fait quand même, puisque nous étions minoritaires. Il faut tenir compte des réalités... Cela fait maintenant vingt ans que notre politique militaire est axée sur le développement de l’arme nucléaire. Cela ne veut pas dire que ce soit une bonne solution, mais pour l’instant notre armée est organisée autour de cela. Du moment que nous sommes des hommes politiques, nous sommes bien obligés d’en tenir compte ! Même si nous déplorons cette politique. Alors, apprendre tout d’un coup, par simple décision d’état-major, que la politique a été changée du tout au tout, que, si hier on disait non à la bombe atomique, il faut tout d’un coup dire oui... Et qu’il faudrait nous aussi dire oui tout de suite... sous peine de ne pas avoir le sens de l’indépendance nationale ou celui des intérêts nationaux... ça nous a un peu choqués ! Le groupe de travail était arrivé en juin et juillet à des propositions très correctes. En indiquant que la renonciation à la bombe atomique était l’objectif du gouvernement de la gauche. En précisant qu’il fallait poser dans une conférence internationale les problèmes aux pays détenteurs de la bombe, et si possible à tous les autres ! Puis faire des propositions pour le désarmement, être présent — car la France aujourd’hui est absente — dans tous les endroits où l’on discute du désarmement, et donc de la paix ! Puis, lorsque l’on connaîtra le résultat de cette action diplomatique — en attendant, nous aurons maintenu la force nucléaire en état —, nous examinerons notre politique. Et nous ajoutons, nous socialistes, position qui n’est pas retenue par nos partenaires : nous consulterons les Français, d’où l’idée de référendum. Mais je n’ai jamais posé le problème d’un référendum en termes de diktat. Je pense simplement que c’est une bonne idée. Et ce n’est pas parce que c’est moi qui l’ai eue. Parce qu’aux élections législatives, en mars 1978, tous les problèmes seront posés à la fois. Et on votera selon l’état de la situation économique, on votera droite, on votera gauche, on votera pour ceux qui représentent les forces du progrès, nous. Ou pour ceux qui représentent les forces au pouvoir, les autres —, actuellement au pouvoir. On sera conservateur, ou on sera des hommes d’avenir. Mais, au milieu de cet énorme tohu-bohu, beaucoup de Français qui ont une idée sur l’armement nucléaire, et sur le nucléaire civil, ne pourront pas vraiment saisir cette affaire-là pour la présenter dans sa réalité, dans son ampleur aux Français. Donc il ne serait pas mauvais qu’il y ait une grande circonstance, dans laquelle le gouvernement de l’Union de la gauche s’engagerait, dirait ce qu’il pense, naturellement. Ensuite, je crois qu’il est très important que les Français puissent dire leur mot ! Je tiens à ajouter que je n’ai jamais posé ce référendum comme une condition sine qua non du Parti socialiste. Les autres n’en veulent pas ? On ne veut pas le leur imposer. Simplement, j’exprimerai mon regret, et le Parti socialiste continuera d’espérer qu’un jour nos partenaires se rallieront à cette bonne idée.

A2, L’Heure de Vérité : 16 novembre 1983

F.H. de Virieu - Bonsoir et bienvenue dans ce studio de l’Heure de Vérité où nous accueillons ce soir M. François Mitterrand. Monsieur le Président, ceux qui nous regardent ce soir savent que cette 16ème émission de l’Heure de Vérité ne sera pas comme les autres. C’est en effet la première fois qu’un Président de la République accepte de venir ainsi, dans l’exercice de sa fonction suprême, répondre aux questions que se posent les Français.(…) Les Français se demandent s’il y aura une troisième guerre mondiale et certains se demandent également si votre intervention de ce soir, Monsieur le Président, ne vise pas à les préparer à l’éventualité d’une guerre en Europe. La question est très clairement posée, constamment. (…)

Si je vous ai demandé de venir vous-même ce soir, Monsieur le Président, c’est parce que vous êtes le mieux placé pour parler de la guerre. Vous seul disposez des informations qui permettent de connaître les enjeux et les risques des choix militaires parce que vous êtes en rapport permanent avec les grands de ce monde, parce que vous êtes le Chef des Armées et parce que vous avez accès, par vos fonctions, aux dossiers les plus secrets.

Le président François Mitterrand - Juste un mot pour dire que j’ai parfaitement conscience de la fonction que j’exerce en particulier ce soir, qui est celle d’expliquer aux Français des choses sérieuses. Je suis, par la Constitution et par le vote des Français, le garant de l’indépendance nationale et de l’intégrité du territoire, et je remplis la fonction de Chef des Armées.

J’ajoute que, puisque notre stratégie repose sur la dissuasion, sur la détention d’une force atomique capable d’interdire à quiconque de songer à nous attaquer, toute une série de questions se posent - vous venez de le faire - sur ce qu’est cette force. Et on risque de se perdre dans des explications techniques ou mécaniques.

Je vais vous dire tout de suite quelque chose de très clair : la pièce maîtresse de la stratégie de dissuasion en France, c’est le Chef de l’Etat, c’est moi : tout dépend de sa détermination. Le reste, ce sont des matériaux aux inertes, enfin jusqu’à la décision qui doit consister précisément à faire que l’on ne s’en serve pas. (...)

A2 - Il y a une situation de tension en ce moment. Il y a le blocage des négociations qui existe sur ces missiles intermédiaires qu’on appelle euromissiles. Il y a le début, ces jours-ci, de l’implantation des missiles de croisière et bientôt des Pershing II. Et puis il y a les missiles soviétiques, les SS 20, qui sont déjà implantés. La première question que les gens se posent aujourd’hui c’est : est-ce que cette tension risque de déboucher, dans les semaines qui viennent, sur une crise internationale majeure ou pas ? Et puis ensuite, si vous voulez bien, quand vous m’aurez répondu, on viendra aux questions qui se posent sur la négociation des euromissiles qui est très importante et ensuite à la force de frappe française. (...)

Le Président - Sur la question principale que vous venez de me poser, les risques de guerre, je pense que l’opinion française a des raisons tout à fait fondées de s’inquiéter. Tout à fait fondées, parce qu’après tout, la crise des euromissiles est la crise la plus sérieuse que le monde ait connu depuis les crises de Cuba et de Berlin qui, comme vous le savez, ont présenté des moments forts, souvent dramatiques, de l’après-guerre dans laquelle nous sommes. Mais il ne faut pas perdre pour autant son sang-froid et l’opinion française doit garder le sien. Nous n’en sommes pas là. Les crises précédentes ont été maîtrisées. Celles-ci doivent l’être à leur tour. Seulement, il faut pour cela répondre à un certain nombre de conditions.

Au fond, vous savez, personne ne veut la guerre, ni à l’Est, ni à l’ouest. Mais la question qui est posée, c’est de savoir si la situation, qui s’aggrave de jour en jour, n’échappera pas à la décision des vrais responsables.Ces conditions, je ne les énumérerai pas. Je dirai seulement que, pour moi, elles commencent par une condition fondamentale qui est l’équilibre des forces en présence, pour que la guerre n’éclate pas.

A2 - Votre position de fond sur cette question, c’est celle d’une réduction équilibrée des armements. Et la première question que les spécialistes ont à l’esprit, c’est : est-ce qu’il y a aujourd’hui, ou pas, équilibre des armements ? Et votre thèse, c’est, en ce qui concerne les missiles intermédiaires, comme vous l’avez expliqué tout à l’heure : pour l’instant il n’y a pas cet équilibre.
C’est un point qui est controversé. J’aimerais bien que vous expliquiez votre position sur cette question.

Le Président - Ce sont ces missiles-là qui sont en question, c’est cela dont on discute essentiellement à Genève. C’est autour de ces missiles que, tantôt les Etats-Unis d’Amérique, tantôt l’Union Soviétique font des propositions dites de conciliation, de compromis - elles ne le sont jamais - ou bien s’adressent des... comment dirais-je, des invitations homériques, disant : "Essayez donc, et vous verrez !" Jeu dangereux.

Ce que je demande, c’est l’équilibre entre les forces. L’équilibre stratégique des fusées qui traversent l’Atlantique, de la Russie vers l’Amérique, de l’Amérique vers la Russie est en gros réalisé pour la simple raison que l’un et l’autre pays ont le moyen de se détruire l’un l’autre. (...)

A l’heure actuelle, ils ont l’air de toujours discuter en ajoutant quelque chose. Non ! Il faut réduire. Jusqu’à quel point faut-il réduire ? Je l’ai dit devant le Parlement allemand et je l’ai répété dans d’autres circonstances : négociez au niveau le plus bas des armements possibles pour votre sécurité, mais en préservant votre équilibre, car s’il n’y a plus équilibre entre l’un et l’autre, alors la guerre est à nos portes.Voilà mon raisonnement - de l’extérieur puisque je ne suis pas à Genève et que je n’ai pas l’intention d’y aller - préserver en toutes circonstances l’équilibre, il faut reconnaître que le jeu des plus grandes puissances a été, depuis quelques mois, de réduire leurs prétentions.

Il y a des propositions très récentes qui vont dans ce sens. Même les dernières propositions de M. Andropov aboutissent à un calcul qui exclut la prise en compte d’une partie de l’armement anglais et de l’armement français. C’est ce qui prouve qu’il a fait un geste (...) tout à fait réel. Cependant il appartient aux deux partenaires d’en décider. On n’en est pas encore à un accord possible.

Alors vous dites : une autre négociation, une autre conférence ? C’est-à-dire : est-ce qu’on pourrait réunir les forces tactiques, les forces dites intermédiaires - celles qui ne traversent pas l’Atlantique ; celles dont on parle depuis le début de notre conversation -, plus celles dont on n’a pas beaucoup parlé...

A2 - C’est-à-dire les intercontinentales.

Le Président - ... les 9.000 soviétiques, les 9.000 américaines les 98 françaises, les 64 anglaises, et, - je ne sais pas combien il y en a - les fusées chinoises. Il y a cinq pays dans le monde qui disposent d’un armement nucléaire. La France est un de ces cinq grands pays.

Alors, c’est une hypothèse que j’ai envisagée lorsque je me suis adressé à l’Organisation des Nations Unies à la fin du mois de septembre : la France sera toujours partie prenante lorsqu’il s’agira de parler sérieusement de désarmement. Mais j’ai ajouté : il faut parler de choses qui seraient comparables. Les seuls chiffres, que j’ai déjà cité deux fois, 9.000 et 98, prouvent qu’avant de parler de nos 18 fusées, il faut que les deux plus grandes puissances réduisent considérablement leurs 9.000, alors qu’elles ont tendance à continuer : 9.000, 10.000, 11.000, 12.000... où est-ce que cela s’arrêtera ?

Déjà les Chinois ont répondu : quand ils en seront à 50 % de réduction, on pourra parler. Soit. Je ne dirai pas la même chose ; mais j’ai posé d’autres conditions. J’ai dit qu’il faut que l’on réduise le niveau des armes classiques, infanterie, artillerie, aviation. Là-dessus, la supériorité soviétique est considérable.

Il faut aussi interdire par accord mutuel les armes biologiques, les armes chimiques. Il faut aussi en finir avec la recherche d’armes anti sous-marines, d’armes anti-missiles, d’armes anti-satellites.

Voilà les conditions que j’ai posées. Elles seront difficiles, je le reconnais. Il faut que ces conditions soient retenues avant que la France puisse songer à s’engager dans cette négociation. (...)

16 janvier 1991

Message de François Mitterrand Président de la République à la Nation

Françaises, Français, mes chers compatriotes,

Lorsque je vous ai adressé mes vœux le 31 décembre, je ne vous ai pas caché la gravité de la situation créée par le refus obstiné de l’Irak d’évacuer le Koweit et de respecter le droit international qu’il avait approuvé, comme nous, en signant la Charte des Nations Unies.
Je vous ai dit alors quels étaient les devoirs de la France quelles propositions nous avions faites en son nom, notre action au Conseil de sécurité et ailleurs, pourquoi nous avions appliqué les résolutions des Nations Unies, notamment par l’envoi d’une force armée dans la région du Golfe.

Je vous ai dit aussi que rien ne serait négligé par la France pour tenter de sauver la paix.

Or, depuis ce matin, la crise internationale est entrée dans une phase décisive. Le délai accordé par les Nations Unies à la réflexion, et autant que possible au dialogue entre ceux qui pouvaient infléchir le destin, est maintenant dépassé. Sauf événement imprévu, donc improbable, les armes vont parler.

Comme je m’y étais engagé, tout ce qu’il était raisonnable d’entreprendre pour la paix l’a été.

Hier encore, tout le long de la journée nous sont arrivés de partout, de la plupart des pays d’Europe, du Monde arabe, de l’immense majorité des pays neutres, de plusieurs pays d’Amérique, les encouragements, les soutiens pour notre ultime initiative auprès des Nations Unies, appelée par beaucoup le plan de paix français.

Hélas ! Comme je l’ai déclaré, il y a quelques heures, dans mon message au Parlement, pas un mot, pas un signe n’est venu de l’Irak qui aurait permis d’espérer que la paix, au bout du compte, l’emporterait.
Puisqu’il en est ainsi, je vous demande, mes chers compatriotes, de faire bloc autour de nos soldats et pour les idéaux qui inspirent notre action.
Il y faudra du courage, de la clairvoyance, de la persévérance.

Du courage, cela va de soi. La guerre exige beaucoup d’un peuple, nous le savons d’expérience. Même si n’est pas en jeu notre existence nationale, même si les 12.000 des nôtres qui prendront part sur le terrain aux opérations militaires ont choisi le métier des armes, c’est la Nation tout entière qui doit se sentir engagée, solidaire de leurs efforts et de leurs sacrifices. C’est la France tout entière qui doit les entourer de sa confiance et de son affection.

De la clairvoyance. Les résolutions adoptées par les Nations Unies, que nous avons voté, représentent à mes yeux la garantie suprême d’un ordre mondial fondé sur le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes. De ce droit, nous avons le plus grand besoin. Nos libertés, notre indépendance, notre sécurité sont à ce prix.

Il faut que vous en soyez sûrs : protéger le droit dans le Golfe, au Moyen Orient, aussi loin de nous qu’ils semblent sur une carte de géographie, c’est protéger notre pays.

Ne laissons jamais à la loi du plus fort le soin de gouverner le monde. Un jour ou l’autre elle s’installerait chez nous.

De la persévérance. Nous traverserons cette épreuve sans haine pour personne, sans jamais perdre espoir, sans oublier que viendra nécessairement le jour où les peuples aujourd’hui divisés devront se retrouver, en gardant toujours à l’esprit que l’ordre des nations l’emportera sur la violence.

A quelque moment que ce soit nous répondrons à tout appel, nous saisirons toute occasion qui rendra ses chances à la paix dans le respect du droit.

Comme elle aura été présente dans la guerre, la France, écoutée, respectée de tous côtés, je vous l’assure, sera présente au rendez-vous quand le dialogue reprendra pour mettre, enfin, un terme aux déchirements du Moyen Orient.
Nous savons bien que, le Koweit évacué, rien ne sera réglé au fond tant qu’une conférence internationale ne se sera pas attachée à résoudre par la négociation les graves problèmes de cette région, c’est à dire tout ce qui tourne autour du conflit israélo-arabe, sans oublier le drame libanais et les Palestiniens.

Tout repose désormais sur les soldats des 29 nations alliées dont les forces sont en place dans le Golfe et pour ce qui nous concerne, sur notre cohésion nationale.

La Patrie fera face aux heures difficiles qui s’annoncent en préservant son unité ;

Je compte sur vous tous.

Vive la République ! Vive la France !

Message de François Mitterrand Président de la République aux parlementaires

Mesdames, Messieurs,

La France a adopté depuis le 2 août 1990 l’ensemble des résolutions du Conseil de sécurité condamnant l’invasion et l’annexion du Koweit par l’Irak. Elle s’est associée aux démarches entreprises pour que ce dernier se retirât du territoire qu’il occupe en violation de la Charte des Nations Unies. Elle a pris part à l’embargo et envoyé près de 12.000 hommes en Arabie Saoudite et dans la région. Mais, au terme du délai fixé, il nous faut constater, ce matin 16 janvier, qu’aucune réponse conforme à l’attente des peuples attachés à la défense de la paix, dans le respect du droit, n’a été donnée par les dirigeants irakiens. L’heure est donc venue pour nous, comme pour tout pays responsable et garant des règles sur lesquelles reposent l’équilibre et la sécurité de la communauté internationale, d’appliquer les principes dont nous nous réclamons. Je le dis avec regret mais détermination : le recours à la force armée pour contraindre l’Irak à évacuer le Koweït est désormais légitime. C’est pourquoi j’ordonnerai l’emploi des moyens militaires que commande la participation de notre pays à la mise en oeuvre des résolutions des Nations Unies. Après avoir entendu le gouvernement, vous aurez à vous prononcer sur ce point, selon la procédure de l’article 49, alinéa 1, de la Constitution.
Au cours de ces derniers mois, je me suis adressé plusieurs fois aux Français pour les tenir au courant de l’évolution de la situation au Moyen Orient et des décisions arrêtées en conséquence, au fur et à mesure de leur nécessité. M. le Premier Ministre, de son côté, par des rencontres organisées avec les représentants des deux Assemblées vous en a régulièrement informés.

J’affirme hautement que la France n’a rien négligé, et ceci jusqu’au but, pour parvenir au règlement pacifique de la crise. Elle a multiplié les initiatives en ce sens. Elle ne poursuit pas d’autres objectifs que ceux définis, avec précision, par le Conseil de sécurité et, d’abord, la libération du Koweit. Ce faisant, elle assume le rang, le rôle et les devoirs qui sont les siens et se déclare solidaire du camp du droit contre la politique de l’agression et du fait accompli.

Au moment où pour la première fois dans l’histoire des nations s’offre la possibilité de construire un ordre mondial fondé sur la loi commune du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, il paraîtrait inconcevable qu’elle s’abstînt d’apporter son aide et son concours.

Le peuple français, qui en connaît le prix, hait la guerre. Mais il n’y a en lui aucune faiblesse pour ceux que Jean Jaurès appelait les "fauteurs de conflits". La France n’est pas l’ennemie de l’Irak. Malheureusement, pas un signe, pas un mot de Bagdad n’ont permis d’espérer que l’on s’y soumettrait aux exigences du droit. Certes, la Communauté internationale n’a pas toujours su ou voulu respecter ses propres principes, en particulier dans cette région du monde. Je suis de ceux qui le déplorent tout en refusant d’y trouver un alibi à l’inaction. Quoi qu’il en soit, la France continuera de lutter pour que les mêmes principes prévalent partout et non au gré des circonstances.

Mesdames, Messieurs, je ne doute pas que le Parlement de la République saura exprimer l’unité profonde de la Nation dans cette épreuve.

A nos soldats, ainsi qu’à leurs familles qui vont en supporter l’essentiel de la charge, j’adresse, au nom de la France, le témoignage de notre confiance et de notre affection.

Vive la République ! Vive la France !


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