4 décembre 1990

Colloque "Pour en finir avec les grands ensembles" à Bron dasn le cadre de "Banlieue 89".

François Mitterrand à la découverte de la “patience” chinoise


Point de vue | par Aurélie Lebelle le 12 septembre 2007

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Mao Zedong avait prévenu François Mitterrand sur l’avenir de la Chine dès 1961, lors de sa première visite dans ce pays. « Vous savez, nous sommes patients. On ne veut pas de nous, ici ou là ? Nous pouvons attendre dix ans, trente ans, cent ans. La Chine sera toujours la Chine. Elle ne sollicite rien. Dans cent ans, il sera moins aisé encore de l’ignorer ! Non, nous ne sommes pas pressés. Le temps est notre bon allié. (…) Nous avons quelques raisons d’être patients dans un monde qui, surtout en Occident, je crois, a tendance à confondre ce qui dure avec ce qui est provisoire. » [1]

Invité du fondateur de la République populaire de Chine, François Mitterrand avait pu comprendre l’enjeu que représentait la Chine. Ce pays allait devenir, en quelques décennies, l’un des acteurs internationaux majeurs, tant sur le plan politique que commercial.

Par son voyage, François Mitterrand se manifeste alors comme l’un des défenseurs principaux de la reconnaissance de la Chine par la France.

Rien d’étonnant donc de le retrouver aux côtés de Charles de Gaulle en 1964 quand le général décide de reconnaître la République populaire de Chine.

En 1986, dans un discours prononcé à l’Elysée, François Mitterrand revient sur cet événement :
« Première parmi les grandes nations occidentales, la France a reconnu la Chine en 1964, par un acte que j’avais moi-même appelé de mes vœux à l’issue d’un voyage dans votre pays accompli en 1961, oui, nous avons reconnu cette place éminente de votre pays dans les affaires du monde ».

Une relation patiemment installée dans la durée

Cette décision avait en son temps provoqué de vives réactions sur la scène internationale et engendré notamment des tensions avec les Etats-Unis.

François Mitterrand va véritablement s’imposer comme l’un des interlocuteurs privilégiés de la Chine lors de son voyage, effectué en 1981, en pleine campagne présidentielle.

Alors qu’il n’est pas encore président, le candidat socialiste se positionne sur la situation politique internationale. Pourtant, à l’époque, François Mitterrand précise dans les médias que l’objet de son voyage « n’entre pas dans le cadre de la diplomatie d’Etat à Etat » et qu’il ne l’effectue qu’en tant que « responsable du parti socialiste ». Mais son déplacement prend une ampleur particulière. Tous les médias le suivent pas à pas et retranscrivent chaque soir ses rencontres dans les journaux télévisés.

Pendant une semaine, à l’invitation du parti communiste chinois, il s’entretient des difficultés économiques de la Chine et de la situation politique internationale. Le candidat socialiste à l’élection présidentielle rencontre Li Xiannian, l’un des vice-présidents du parti communiste chinois : sa visite est clairement officialisée. François Mitterrand fait la une du « Quotidien du peuple » pendant toute la durée de son séjour et affine, par ce voyage, son image d’homme d’Etat.

Deux ans après son élection à la présidence de la République, François Mitterrand souhaite plus que jamais renforcer et élargir le champ des relations entre la France et la Chine.

Il programme ainsi, en 1983, un second voyage en Chine. Sont évoquées lors de cette visite les tensions de la guerre froide et les relations de la Chine avec l’URSS. A cette époque, la Chine connaît un léger refroidissement avec les Etats-Unis et souhaite donc se rapprocher de l’Europe.

Un partenaire naturel

C’est l’occasion pour la France de faire fructifier le capital de compréhension mutuelle accumulé depuis presque dix années.
« Qu’un grand pays comme la Chine songe à diversifier ses amitiés et ses intérêts, c’est tout de même logique ; et puis la Chine est tout naturellement amenée à rechercher des concours qui échappent à ce qu’elle appelle elle-même –je lui laisse cette responsabilité-les deux hégémonismes », mentionnait le président lors d’une conférence de presse en 1983 avant de préciser que « la présence de l’Europe qui n’a pas de visée hégémonique et, qui n’a pas eu, en tout cas depuis longtemps, d’antagonisme avec la Chine, représente un partenaire naturel tout désigné ».

Le président français peut désormais prendre des décisions. Il signe des accords sur l’enseignement qui permettent d’intensifier les échanges d’étudiants étrangers dans les universités, les laboratoires et les instituts français. Il signe également des accords télévisuels qui financent des émissions en français sur les chaînes chinoises.

Les relations entre les deux pays sont au beau fixe. Les délégations chinoises défilent à l’Elysée pendant les années qui suivent. En juin 1986, novembre 1987 et septembre 1994, François Mitterrand reçoit à Paris les dirigeants chinois.

1992, la crise de Taï Wan

Chaque visite permet de réaffirmer les liens qui unissent les deux pays et de préparer certains accords. En 1985, après sept années de négociation, la France remporte, face à une lourde concurrence mondiale, un contrat de plusieurs milliards de dollars. Elle doit fournir à la Chine des réacteurs nucléaires.

Mais en 1992, les accords commerciaux militaires signés entre la France et Taiwan viennent brouiller de bonnes relations établies depuis presque trente ans. La vente des mirages et des frégates à Taiwan va mettre en péril l’entente franco-chinoise.

Pendant deux ans, François Mitterrand va essayer de renouer les liens qui unissaient les deux pays et, dès 1994, leurs relations connaissent un nouvel élan. La France et la Chine célèbrent cette année-là les trente ans de la reconnaissance de la Chine par la France et repartent sur de bonnes bases.

La France s’engage à ne plus livrer de Mirages à Taiwan et de nouvelles coopérations s’engagent dans les transports, les télécommunications et l’armement. Mais déjà, d’autres pays européens comme l’Allemagne empiètent sur les contrats potentiels et s’installent en Chine beaucoup plus rapidement et efficacement que les entreprises françaises.

[1Mitterrand (François), La Chine au défi, Julliard, Paris, 1961, p. 33.


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