24 juin 1981

Le vice-président Bush expose au cours d’un entretien l’inquiétude des Etats-Unis concernant l’entrée des communistes au gouvernement.

« Pour être président de la République, il faut aimer la France »


Hommage | Annonce publiée le 14 mars 2012

Lors de son meeting à Dijon, François Hollande, candidat socialiste à l’élection présidentielle, a rendu un long hommage à François Mitterrand. Extraits choisis.


« Mes chers amis, quel plaisir une nouvelle fois d’être à Dijon, la ville de mon ami François Rebsamen, la capitale de la Bourgogne, si chère à François Mitterrand, la région présidée par François Patriat. A Dijon, il y a cet après-midi comme un parfum de printemps, le printemps qui vient, le printemps qui annonce les victoires du mois de mai.

Chers amis, quel plaisir de retrouver ici les responsables des partis qui me soutiennent, Martine Aubry, Jean-Michel Baylet, et aussi les présidents de groupes, je pense à Jean-Marc Ayrault. Mais quel honneur vous me faites, comme candidat à l’élection présidentielle, d’être accueilli par le Président du Sénat ! Même François Mitterrand n’avait pas eu cette faveur, et pourtant il s’y était remis à trois fois ! C’est la première fois dans l’histoire de la République qu’il y a un Président socialiste du Sénat. Cher Jean-Pierre Bel, sois fier de cette responsabilité. C’est un symbole, celui de tous nos succès aux élections municipales, cantonales, régionales de ces dix dernières années. Sois fier aussi parce que ton élection a été un signe, celui de l’annonce de notre prochaine victoire.

(…)

Elus de toutes les assemblées de France, communales, départementales, régionales, je veux ici, à Dijon, et au-delà de vous rassemblés ici, rendre hommage à tous ces élus de la République. Dans ces moments de défiance que certains entretiennent avec complaisance à l’égard de la politique, vous, élus de la République, vous préservez le lien entre la France et les citoyens. Dans ces temps où l’argent est devenu la mesure du prestige, vous servez l’intérêt général sans rien demander en retour. Dans cette période où le pouvoir se concentre au sommet de l’Etat, vous faites vivre l’esprit de la décentralisation. Les lois de décentralisation ont trente ans. Nous les devons à François Mitterrand, à Pierre Mauroy, à Gaston Defferre. Ces lois ont changé la France. Elles ont libéré les collectivités de la tutelle de l’Etat. Elles ont surtout permis d’inventer les politiques publiques et de mieux répondre aux besoins de la population, et de donner aux élus les responsabilités qu’ils attendent depuis des décennies. Il y a trente ans, c’étaient encore les préfets qui étaient les exécutifs des départements. Il y a trente ans, les régions n’étaient pas des collectivités locales de plein exercice. Il y a trente ans, les communes étaient soumises à des tutelles financières, techniques, politiques. Voilà ce que les lois de décentralisation ont donné à notre pays : le souffle de la démocratie.

Elus de la République, je suis l’un d’entre vous. Je préside un conseil général, celui de la Corrèze, un département rural où l’agriculture souffre, où les services publics reculent, et qui en même temps crée, innove, invente. J’ai été maire de Tulle, une ville attachée à sa préfecture. Nous craignons toujours qu’on nous la prenne, et nous avons néanmoins perdu le Tribunal de grande instance. Une ville qui défend âprement son hôpital tous les jours, et qui subit, comme partout ailleurs, ce qui s’appelle la RGPP. Une ville qui se bat avec des moyens limités pour se construire un avenir, comme toutes les communes de France. J’ai éprouvé de la fierté d’être appelé « Monsieur le Maire ». Aujourd’hui je suis appelé « Monsieur le Président », mais du Conseil général — je veux ici rassurer ceux qui pensent que je suis déjà passé de l’autre côté ! « Monsieur le Maire » était le plus beau compliment démocratique qu’il était possible de m’adresser. Je n’oublie pas qu’avec les cinq lettres de « maire », on écrit le mot « aimer ». Et c’est vrai qu’il faut aimer sa commune, qu’il faut aimer sa ville, son village, et les habitants d’où qu’ils viennent, pour exercer ce beau mandat de maire.

Je n’oublierai jamais le conseil qu’avait donné François Mitterrand à la fin de son second septennat, c’était au Congrès des maires de France en novembre 1994. Il leur avait dit cette chose simple que j’ai gardée en mémoire : « Pour être président de la République, il faut aimer la France ». Et il ajoutait : « pour être aimé, mieux vaut être aimable ». La leçon vaut bien au-delà d’ici, et elle doit être entendue partout. C’est parce que j’aime la France que je me suis porté candidat à la présidence de la République. Parce que je refuse de la voire affaibli, abaissée, amoindrie, abîmée.

Aimer la France, c’est la servir. Aussi, je suis venu ici, devant vous, élus de la République, pour vous livrer ma conception de la présidence. Vous dire comment diriger un grand pays comme la France, avec ses cultures politiques contradictoires, ses conflits d’intérêts, ses urgences brûlantes, ses attentes multiples. Un grand pays partagé entre la reconnaissance des diversités et le besoin d’unité nationale. Un pays dont le peuple aspire à être autant dirigé qu’écouté. Un pays qui attend beaucoup de l’Etat, parfois trop, mais s’en méfie tout autant. Un pays qui s’interroge sur son destin, sur son avenir, sur sa place en Europe dans le monde.

(…)

Le référendum doit être un instrument de consultation du peuple lorsqu’il y a nécessité à le faire. Je note d’ailleurs que depuis 5 ans, il n’en a pas été fait usage, alors que plusieurs fois la demande en avait été faite, pour de bonnes et de mauvaises raisons : sur le traité de Lisbonne, les retraites et même sur la TVA qui a augmenté d’1,6 point. C’est vrai qu’il y aurait eu peut-être matière à demander au peuple français son avis, encore que c’est la responsabilité du Parlement que d’en décider. Sur la TVA, je vous rassure, ce n’est prévu qu’au mois d’octobre ; ça tombe bien… ! Je vois que vous êtes rassurés sur le sort de ce prélèvement. Enfin, faites le nécessaire. Ça ne tombera pas tout de suite.

En même temps le recours au référendum peut se justifier dans deux cas de figure : un changement institutionnel d’ampleur, nécessitant une révision profonde de la constitution. Ce fut le cas en 1962, quand le Général de Gaulle a proposé au peuple français d’élire le Président de la République au suffrage universel direct. Ce fut le cas aussi quand le quinquennat a été institué. Le second cas de figure, c’est le transfert de souveraineté, comme en 1992 quand François Mitterrand a demandé aux Français de ratifier le traité de Maastricht, pour engager la marche vers l’euro ; comme en 2005, quand Jacques Chirac a demandé au peuple français d’approuver – en fait de désapprouver – le traité constitutionnel européen. On ne convoque pas le peuple Français sur une cause secondaire. C’est sur un enjeu majeur qu’il doit être appelé à se prononcer. C’est cela, respecter le peuple français.

Mes chers amis, je vous ai dit comment, si les Français m’en donnent mandat, je voulais présider la France, quelle était ma conception de l’Etat, du pouvoir, des institutions, quel rapport je voulais avoir avec la justice, les médias, mais aussi tout ce qui concourt à l’intérêt général.

Mais je suis aussi venu à Dijon vous parler de la décentralisation, et de ce que doit être la nouvelle marche en avant pour les collectivités de notre pays. C’est une déclaration de confiance que je suis venu prononcer vers nos élus. C’est aussi un appel à la mobilisation des collectivités au service des Français.

J’annonce ici un nouvel acte de décentralisation. La République, elle est forte par son Etat, mais aussi par ses territoires. C’est ainsi qu’elle s’est construite dans son histoire. Ce fut très long, ce fut heurté. Rendez-vous compte ! Il a fallu un siècle, un siècle, entre la loi du 14 décembre 1789, qui a inventé le mandat de maire, et la loi de 1884, qui a permis au conseil municipal d’élire le maire. Un siècle ! Les monarchies et les empires se méfiaient des élus et de ses milliers de communes. Il a fallu attendre les Républicains pour ouvrir cette liberté – c’est Jules Ferry qui en a été l’acteur – et un siècle encore pour qu’il y ait une grande loi, celle de 1982 pour faire entrer la France sur le chemin de la décentralisation, grâce à une autre grande figure de la République, François Mitterrand.

François Mitterrand qui avait eu cette formule : « La France a eu besoin de la centralisation pour se faire. Elle a besoin de la décentralisation pour ne pas se défaire ». Tel était son constat. Et il a fallu que la Gauche, encore après, invente une nouvelle étape : les conseils régionaux, qui deviennent des collectivités de plein exercice, les communautés de communes, qui puissent enfin se former. Mais depuis cinq ans, l’autonomie fiscale des collectivités locales a été réduite. Les transferts de charges n’ont plus été compensés. Les préfets ont été incités à fixer les limites de nos communautés de communes. Et la maîtrise par nos territoires de nos propres destins a été, à chaque étape, mise en cause.
(…)
Chers amis, l’Etat c’est la République. La République, ce sont des valeurs. C’est une histoire. La vôtre, la nôtre. La République, c’est l’esprit de 1789, quand furent abolis les privilèges, une nuit du 4 août, et que fut établie l’égalité de tous devant l’impôt. Cette formule n’a rien perdu de son actualité. La République, ce fut la Seconde République qui décida de l’abolition de l’esclavage en 1848. 1848 ! Il a fallu attendre ce temps-là pour assurer l’égalité entre tous les êtres humains. La République, c’est la Troisième, qui a institué l’école laïque, gratuite et obligatoire – et nous devons en être dignes ! La République, c’est un gouvernement provisoire au lendemain de l’Occupation qui a décidé de donner, enfin, le droit de vote aux femmes ! Que de temps perdu ! La République, ce fut la Quatrième, qui créa la sécurité sociale en 1946, au nom de la solidarité entre tous les citoyens. Et la Cinquième République, nous avons eu du mal à le reconnaître, mais c’est la Cinquième République qui a enfin terminé le processus de décolonisation – il était bien temps ! – et l’indépendance de l’Algérie avec le Général de Gaulle. Et c’est sous la Cinquième République que l’alternance, enfin, arriva, avec François Mitterrand, républicain et socialiste qui a permis les grandes conquêtes sociales, la décentralisation, les libertés et l’abolition – enfin ! – de la peine de mort en France !
C’est notre histoire ! C’est l’histoire de la France, qui nous unit, qui nous rassemble, qui nous réconcilie au-delà de nos différences ! Voilà pourquoi je m’assigne cette belle tâche, si les Français m’accordent leur confiance, de rassembler et de réconcilier autour de la plus belle cause qui soit : la promesse de la République.
(…)
Je me souviens – et je veux terminer là-dessus –, je me souviens qu’en 1981 François Mitterrand avait été capable de créer un grand élan populaire pour réussir l’alternance, prendre le pouvoir. Eh bien je voudrais, 30 ans après, qu’un changement de même ampleur se produise. Le changement qui ne serait pas simplement le changement d’un pouvoir, celui du candidat sortant. Non, le changement n’est pas seulement le changement d’un pouvoir. C’est le changement du pouvoir en France. Le changement n’est pas simplement un acte de confiance pour le président, c’est une preuve de confiance à l’égard des Français. Je vous promets, si vous m’en confiez le mandat, que mes responsabilités ne m’éloigneront pas de vous, qu’elles ne m’empêcheront jamais d’être un, un parmi vous. Je ne perdrai jamais la force de mes convictions ni l’ardeur de mes indignations. Et je n’aurai pas d’autre ambition que de servir mon pays au nom de mes idées. Je veux une démocratie plus simple, mais aussi plus exigeante. Je vous promets donc le respect : respect des élus, respect des partenaires sociaux, respect des citoyens, respect du mandat qui m’aura été donné. Là est ma force ! Là est ma conscience ! Là est ma volonté !
Mes amis, une campagne présidentielle est un moment de vérité. Deux conceptions de la société, deux philosophies politiques, deux visions de l’avenir, deux manières de présider la France se font face. C’est une confrontation. Elle peut être belle, si elle n’est pas dégradée. C’est un combat qui n’est pas un pugilat, qui ne doit pas être une façon de dénigrer l’autre, mais une façon de nous rehausser nous-mêmes. La confrontation n’est pas faite pour détruire, elle est faite pour construire. Elle n’est pas faite pour diviser, elle est faite pour dépasser. Elle n’est pas faite pour dépasser, elle est faite pour surmonter.
Je n’ai pas été insensible à tous les « compliments » qui m’ont été faits par le camp d’en face ou à certaines promotions verbales qui parfois peuvent être des provocations. Mais je veille chaque jour à ne pas me laisser entraîner par la polémique, par la surenchère, par l’inflation du verbe. Les mots, qui ont toujours un sens, doivent être maîtrisés ! Les expressions qui parfois peuvent échapper à la pensée de leur auteur – c’est possible ! – doivent être retenues. Et les propositions doivent être faites pour convaincre et pas simplement pour vaincre l’adversaire du moment. Quant aux personnes, n’oublions pas, quels que soient nos sentiments, que l’un des candidats sera le prochain président.
Bref, soyons à la hauteur de ce qu’attendent les Français, de ce qu’ils vivent, des enjeux du pays, de l’Europe qui nous attend, du monde qui nous regarde. Je me suis engagé depuis maintenant un an dans cette course. Certains qui m’approchaient tout à l’heure me disaient : courage, courage ! Mais j’en ai ! J’en ai à foison ! Et celui qui viendrait à manquer m’est donné par vous. Je ne crains rien de ce côté-là. Je me suis donc engagé depuis un an dans cette course. La ligne d’arrivée est encore loin : 50 jours avant le premier tour – premier tour qui sera décisif, parce que c’est au premier tour que nous allons créer la dynamique pour la victoire. C’est au premier tour que nous allons nous rassembler pour être au plus haut le soir du 22 avril. Ne vous détournez pas ! Ne vous dispersez pas ! Ne vous éloignez pas ! Soyez là, le 22 avril ! Cette course, cette longue course, elle tient du marathon. De la course de haies. J’essaie de les franchir l’une après l’autre. Et beaucoup m’attendent encore. Après, il faudra faire le dernier coup de rein. Nous n’en sommes pas encore là, mais je compte sur vous. Je ne me détournerai pas de ma ligne. Je ne me laisserai pas emporter par je ne sais quels dénigrement et dévaluation, par je ne sais quelle surenchère. J’essaierai d’être toujours à la hauteur du mandat que vous m’avez confié à l’occasion des primaires citoyennes. Et dans cette course, je n’ai qu’un objectif, un seul objectif : la victoire ! La victoire de nos idées, sûrement. La victoire de nos valeurs, assurément. Et la victoire de la République ! La victoire de la France !
Vive la République ! Vive la France ! Vive la solidarité de l’Etat et la force des collectivités de notre territoire !
Merci à vous, à Dijon, de m’avoir donné une nouvelle fois la confiance que j’étais venu chercher ! Vive la République ! Et vive la France !
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