28 septembre 1984

François Mitterrand reçoit Coluche à l'Elysée.

"Mitterrand, Saddam Hussein et les Kurdes : quand Aliot revisite l’Histoire"


Par Christophe Rosé | Communiqué | Annonce publiée le 5 septembre 2013


Lors de la dernière émission "Mots croisés" sur la Syrie (France 2 le lundi 2 septembre 2013 vers 23h), Louis Aliot (Vice Président du FN) attaquant Harlem Désir sur le fait que "[Les Socialistes] étaient moins regardant à l’époque du régime de Monsieur Saddam Hussein lorsque celui-ci avait gazé les Kurdes », fait alors "référence" à l’Article de Kendal Nezan paru dans la Lettre de l’institut François Mitterrand N°42 en Hommage à Danielle Mitterrand : « J’ai trouvé une phrase de Danielle Mitterrand, d’ailleurs, que l’on trouve sur le site de l’Institut François Mitterrand, vous voyez que j’ai des références, où il montre clairement que le Parti socialiste a couvert cela et François Mitterrand dit : " il a eu la main un peu lourde mais est-ce qu’à la Révolution française on a pas eu la main un peu lourde avec les Vendéens". »

Dès le lendemain midi, sous la plume de Cédric Mathiot, Libération réagit via son blog "Desintox", en publiant un article nommé "Mitterrand, Saddam Hussein et les Kurdes : quand Aliot revisite l’Histoire", donnant la parole à l’auteur de l’article, Kendall Nezan (Président de l’Institut Kurde de Paris) qui précise que " François Mitterrand n’a jamais prononcé cette phrase ". Nous vous proposons ici l’intégralité de l’article du blog "Desintox" de Libération.

"Mitterrand, Saddam Hussein et les Kurdes : quand Aliot revisite l’Histoire"

« J’ai trouvé une phrase de Danielle Mitterrand, qu’on retrouve sur le site de l’Institut François Mitterrand, vous voyez que j’ai des bonnes références. Il montre clairement que le Parti socialiste a couvert cela. François Mitterrand dit : « Il a eu la main un peu lourde sur les Kurdes, mais est ce qu’à la révolution française, on n’a pas eu la main lourde sur les Vendéens ? »
Louis Aliot, le 2 septembre sur France 2

Intox

Au moment où le PS essaye de rallier les positions à une intervention en Syrie, Louis Aliot s’amusait hier sur France 2 de l’émoi à géométrie variable des socialistes. À l’en croire, les positions étaient bien moins dures dans les rangs du PS quand l’Irak de Saddam Hussein faisait usage d’armes chimiques contre les Kurdes. Le numéro 2 du FN affirme même avoir exhumé une citation choc de françois Mitterrand... « J’ai trouvé une phrase de Danielle Mitterrand, qu’on retrouve sur le site de l’Institut François Mitterrand, vous voyez que j’ai des bonnes références. Il montre clairement que le Parti socialiste a couvert cela. François Mitterrand dit : « Il a eu la main un peu lourde sur les kurdes, mais est ce qu’à la révolution française, on n’a pas eu la main lourde sur les Vendéens ? »

Desintox

Les « bonnes références » de Louis Aliot, c’est effectivement le site de l’institut François Mitterrand, où on trouve un article rendant hommage à Danielle Mitterrand pour sa défense constante de la cause kurde. Son auteur, Kendal Nezan, président de l’Institut kurde de Paris, raconte les difficultés qu’a rencontrée l’ancienne première dame de France face à une partie de la classe politique française, très proche du régime de Saddam Hussein.

Un paragraphe est effectivement consacré à la proximité d’une partie du PS avec le régime irakien. Et la phrase citée par Louis Aliot est effectivement mentionnée. Mais voilà, elle n’est en aucun cas mise dans la bouche de François Mitterrand. Voilà le passage :

Sur l’Irak, l’action de Danielle rencontra de très fortes résistances, le régime de Saddam Hussein bénéficiant alors d’un soutien des milieux d’affaires, du RPR de son ami Jacques Chirac, de l’extrême droite mais aussi d’un bon nombre de responsables socialistes éminents. Son parti Baas était invité aux congrès du PS car, malgré ses origines national-socialistes, ce parti passait pour être « laïc, moderniste et socialiste ». Certes, « il a la main un peu lourde à l’égard des Kurdes, mais la Révolution française n’a pas été tendre non plus avec les Vendéens », nous disaient les plus charitables.

Kendal Nezan, interrogé par Libération, affirme que ce n’est à aucun moment François Mitterrand qui se cache sous la mention « les plus charitables ». « François Mitterrand n’a jamais prononcé cette phrase. Tout le monde sait qu’au PS, les soutiens au régime irakien tournaient autour de la mouvance chevènementiste mais aussi de l’ancien ministre des relations extérieures Claude Cheysson. Quand on parlait avec François Mitterrand de la possibilité de voir la France se mettre en pointe sur le cause kurde, il expliquait qu’une partie du PS ne le suivrait pas ».

On pourra noter également qu’en plus de prêter à François Mitterrand une phrase qu’il n’a pas dite, Louis Aliot ne relève pas que l’article est en revanche très clair sur le soutien que l’extrême droite apportait à l’époque au régime irakien.

« Le Front national a soutenu très tard le régime irakien, notamment via l’association caritative de Jany Le Pen, qui sous couvert d’humanitaire, essayait d’obtenir le levée des sanctions contre Bagdad », raconte Kendal Nezan.

Louis Aliot a peut être de « bonnes références ». Mais il lit de travers. Et uniquement ce qui l’arrange.

C.Mathiot


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