24 juin 1981

Le vice-président Bush expose au cours d’un entretien l’inquiétude des Etats-Unis concernant l’entrée des communistes au gouvernement.

Les chênes de la Villa Pamphili


Témoignage | par Marcelle Padovani le 18 décembre 2004

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Correspondante du Nouvel Observateur à Rome, auteur de nombreux ouvrages sur l’Italie, Marcelle Padovani a beaucoup fait pour expliquer aux Français les mystères (ou supposés tels) de ce pays. François Mitterrand qui ne manquait pas de lui faire signe à chacun de ses passages en Italie n’était pas le dernier à faire son miel de ses observations.

C’était un après-midi de novembre 1985. François Mitterrand était de passage à Rome pour y rencontrer Bettino Craxi. Il m’avait demandé, quelques jours auparavant, de lui faire des « propositions de balades » car il avait « quelques heures de libres dans l’après-midi ». J’avais suggéré trois « divertissements » possibles : l’exposition Pasolini à la Villa Médicis ; une promenade dans le parc de la Villa Pamphili ; une glace aux Tre Scalini, sur la piazza Navona. Il avait dit oui à mes deux dernières suggestions.

Nous étions donc en train d’arpenter les allées bordées de chênes (que nous avions examinés de près !) de la Villa Pamphili. Le parc était presque désert. A une cinquantaine de mètres derrière nous, Jacques Attali suivait, accompagné des gardes du corps présidentiels. Mitterrand portait son chapeau à la Bruant et son écharpe rouge. Il faisait déjà frais. Un « jogger » s’arrête brusquement à notre hauteur : « Buona passeggiata, signor Presidente ! » (« Bonne promenade, monsieur le Président ! »). Une dame s’exclame : « Monsieur Mitterrand ! » Notre Président soulève galamment son chapeau. Il est content : « Au fond, les Italiens me connaissent bien », dit-il. Je lui réponds : « Sans vouloir vous flatter, je crois qu’ils vous aiment bien ». « Je les aime aussi », dit Mitterrand.

Il aimait effectivement les Italiens. Sans doute parce qu’il voyait en eux des « Français qui seraient de bonne humeur », selon l’aphorisme de Jean Cocteau. A chacune de ses visites, il témoignait en tout cas de sa connaissance approfondie de l’art et de la culture péninsulaires. De son affection pour la Florence des Médicis. Et pour Venise. Et pour Cortone, où il était régulièrement accueilli par un maire communiste qui l’adorait littéralement.

Il avait même une sorte de sympathie indulgente pour les méandres politiciens typiques d’une certaine Italie. Il tenait ainsi en grande estime Giulio Andreotti, vieux démocrate chrétien au savoir encyclopédique et grand fréquentateur des bibliothèques vaticanes. Il m’interrogeait sur le terrorisme des Brigades rouges, sur le Parti communiste italien. Il était curieux de rencontrer Berlinguer, secrétaire général de ce parti, parce que c’était un leader non orthodoxe qui tranchait nettement avec son homologue français de l’époque, Georges Marchais. Un soir, je l’avais invité à dîner dans une trattoria du Trastévère, en compagnie de mon mari Bruno Trentin, alors secrétaire général du syndicat de la métallurgie. A la fin du dîner, Mitterrand me prit à part et me demanda : « Mais votre mari, il est communiste ou socialiste ? », surpris de constater qu’on pouvait ne pas être sectaire dans le communisme international.

Sur un seul terrain nous avons eu un conflit : l’attitude à l’égard des ex-terroristes italiens réfugiés en France. Nous en avons parlé mille fois. Je me permettais de distinguer la cause de ceux - la très grande majorité - qui n’avaient assassiné personne et qui faisaient leur « critique des armes », mais j’étais convaincue que dans le cas contraire, surtout lorsqu’une sentence définitive de la justice italienne avait été émise, l’extradition était nécessaire. Mitterrand s’est dit, même publiquement, convaincu de cette thèse. Mais, peu à peu, talonné par un groupe d’intellectuels de gauche pour qui l’Italie des terroristes était le Chili de Pinochet, il changea d’avis. Redevenant l’avocat qu’il avait été et qui ne pensait qu’à se battre pour éviter l’emprisonnement à n’importe quel être humain, il ne fit plus de distinction entre assassins « politiques » et simples subversifs.

Mais je préfère me souvenir de nos balades italiennes, à Venise et Milan outre qu’à Rome, des livres achetés chez les antiquaires. Ou de la mozzarella que notre Président m’enjoignit de lui trouver un jeudi après-midi, lorsque tous les magasins d’alimentation sont fermés à Rome et qu’il voulait rapporter le soir même à Paris... Qu’on se rassure : je suis parvenue à la lui procurer.


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