
Après la période du deuil, nous sommes entrés dans le temps du dénigrement systématique. Après l’affection du peuple de France, le temps des chiens.
Pendant longtemps, j’ai pensé que seuls les historiens pourraient un jour rendre justice à l’action de François Mitterrand. Et que cela prendrait du temps, beaucoup de temps.
Aujourd’hui, je me demande si le retournement d’humeur n’a pas déjà commencé. Vous avez tous remarqué, bien sûr, vos propres titres à propos du remaniement ministériel : “Au secours, Mitterrand revient” !
Et c’est vrai que beaucoup de celles et de ceux qui occupent aujourd’hui le devant de la scène lui doivent beaucoup, à commencer par Lionel Jospin. Et puis, à propos de l’Europe en panne de projet, ou du couple franco-allemand en panne de moteur, on entend de plus en plus souvent : “Ah, il nous manque Mitterrand ! Et Kohl ! Et Delors” !
Alors, l’Institut François Mitterrand que je préside, et qui travaille pour le temps long, se sent revigoré dans sa mission.
Quelle est cette mission, voulue par François Mitterrand ? L’Institut ne veut pas être, et ne sera pas un repaire de nostalgiques ou le dernier carré des grognards. L’Institut n’a jamais été créé dans ce but, François Mitterrand ne l’a jamais voulu pour cela. Il n’est pas non plus un instrument de propagande mais une fondation dont la vocation première est d’ordre scientifique : “contribuer à la connaissance de l’histoire politique et sociale de la France contemporaine.”
L’Institut se doit d’être une référence incontestable à dimension historique. Je crois à la force de la perspective historique. Cette période 1981-1995 a été une période très riche pour la gauche. Une gauche qui s’est incarnée dans un homme, une gauche porteuse d’une espérance et d’un message politique. Message qui conserve toute son actualité comme en témoigne la création d’un Forum des jeunes de l’Association des Amis de l’Institut dont Pierre Bergé exposera les grandes lignes.
L’Institut est un lieu de rencontre où chercheurs et historiens ont accès aux documents retraçant l’histoire de la deuxième moitié du XXème siècle.
Quelques exemples :
D’autres suivront : préparation d’une journée d’études “François Mitterrand et les Communistes”, publication prochaine des actes du colloque “Changer la vie : les années Mitterrand 1981-1984” aux Editions Plon.
Ces travaux se sont faits et se font en étroite concertation avec le conseil scientifique qui rassemble des historiens français incontestables, associés à des correspondants étrangers. L’Institut est doté d’un site Internet : www.mitterrand.org, que je vous invite à consulter.
Avec Pierre Bergé, président de l’Association des amis de l’Institut, association dont il vous dira dans un instant la vocation, nous travaillons activement à la préparation d’un grand événement pour le 10 mai 2001. Rien n’est encore définitivement arrêté, et nous sommes preneurs de vos suggestions.
Un dernier mot. Par les temps qui courent, François Mitterrand ne manque pas de procureurs. C’est (ou c’était) à la mode mais il ne trouve pas toujours des avocats. Alors, avec Pierre Bergé, je vous propose une méthode et je vous mets au défi : chaque fois, et les occasions ne manqueront pas, que vous parlerez ou que vous écrirez sur une “turpitude” nouvelle et supplémentaire de François Mitterrand, donnez-nous aussi la parole. A l’un de nous deux, aux amis qui nous entourent, à des historiens ou à des acteurs directs.
Comme homme, comme citoyen et comme politique, j’en ai plus qu’assez de vous adresser des communiqués ou des droits de réponse que vous mettez généralement à la poubelle. Alors, ça n’est pas très difficile, osez le débat. J’y suis prêt à n’importe quel moment, sur n’importe quel sujet, avec n’importe qui.
Jean-Louis Bianco
Jean-Louis Bianco était Président de l’Institut François Mitterrand de 2001 à 2003.