28 septembre 1984

François Mitterrand reçoit Coluche à l'Elysée.

Editorial 44


Editorial | par Hubert Védrine le 18 juillet 2013

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François Mitterrand, Président de la République reçoit en audience Pierre Mauroy
premier ministre, le 22 juin 1981 à l’Élysée. (DR/IFM)

La Lettre s’associe aux justes hommages rendus à Pierre Mauroy au lendemain de sa disparition le 7 juin dernier, et en particulier à celui du président de la République, le 11 juin, aux Invalides. C’est tout à la fois le dirigeant socialiste, le premier ministre de l’Union de la gauche de 1981, celui du tournant de 1983 et l’homme affable, sincère, convaincu, simple, chaleureux et attachant qui a été salué ainsi par la majorité, et aussi par l’opposition.

Beaucoup ont rappelé son engagement européen. Et de fait, quand François Mitterrand consultait autour de lui en mars 1983, à propos d’une éventuelle sortie contrôlée de la France du système monétaire européen, Pierre Mauroy lui répondait, contrairement à d’autres : " cela je ne sais pas faire ". Il pesa ainsi sur le choix final du président.

Nous avons choisi de rappeler quelques phrases remarquables de Pierre Mauroy sur François Mitterrand, ou sur leur relation.

De sa relation avec François Mitterrand, " un homme exceptionnel ", Pierre Mauroy disait : " elle est unique ".

Dès 1965, il dit " admirer la grande capacité que possède François Mitterrand pour séduire et convaincre les caciques de la Fédération du Nord de la SFIO, dont on sait que, à l’époque, ils sont peu enthousiastes à son égard ". A plusieurs reprises, il parlera du " pouvoir d’attraction tout à fait exceptionnel " de François Mitterrand, de son " pouvoir de séduction " et même de sa " personnalité magnétique ".

C’est dès ce jour-là en 1965 que, dans le train qui les ramenait de Lille, François Mitterrand lui dit : " Vous savez, Pierre Mauroy, il suffit de cent hommes décidés, et tout sera possible ".

Pierre Mauroy raconte dans son ouvrage de Mémoires de 2003 : " Ce premier entretien est le point de départ d’une aventure qui va durer trente ans. Elle fera de nous des alliés. Elle fera naître aussi cette forme d’amitié exceptionnelle, qui peut survivre aux circonstances difficiles et même cruelles de la politique. Cette relation, il est essentiel de le comprendre, m’a conféré une position très spécifique auprès de lui, alors que je n’appartenais pas à sa " maison ", même s’il faisait des efforts pour m’y associer. Je n’étais pas un mitterrandiste au sens où l’on entend ce terme. Il n’empêche, dans la période de constitution du parti socialiste, dans les dix ans qui ont suivi Epinay, au pouvoir, puis au cours d’un deuxième septennat bien perturbé, j’ai été l’un de ceux sur qui il a toujours pu compter. Cependant, cette amitié sans faille - peut-être justement parce qu’elle était sans faille - n’a pas empêché des désaccords, et même des ruptures. Au cours de ces trente années, j’en compte quatre (…). En 1979, le congrès de Metz qui me rejettera dans la minorité ; En 1984, ma démission du poste de Premier ministre sur la question de l’école. En 1988, mon accession, non souhaitée par lui, au poste de premier secrétaire du parti. En 1995, enfin, une différence d’appréciation sur le choix du candidat socialiste à l’élection présidentielle ".

Plus loin, Pierre Mauroy évoque leur " dernière vraie journée d’intimité politique et personnelle " à Hardelot, le 24 août 1993 : " (…) François Mitterrand avait tenu à me rendre visite, là où j’avais coutume de séjourner pendant mes vacances d’été. (…) Au cours de la matinée, nous avons longuement discuté de ce que nous avions réalisé ensemble et des perspectives du parti socialiste, lourdement défait lors des récentes élections de mars. (…) Je l’ai raccompagné jusqu’à l’aéroport du Touquet, où l’attendait son hélicoptère. (…) Et là, dans un tête-à-tête émouvant, nous avons continué à évoquer ce qui nous avait liés, cette extraordinaire aventure qui avait changé l’histoire de la gauche et de la France. Je ressentais dans ses propos à la fois de la fierté et de la gravité ; il avait conscience de ce qui avait été accompli, mais savait aussi que l’histoire s’achevait. Sans l’exprimer, lui comme moi nous avons perçu que cet instant marquait un au-revoir, peut-être déjà un adieu  ".

Mais revenons à un moment très difficile, révélateur de l’attachement que les deux hommes ont l’un pour l’autre : le départ de Pierre Mauroy de Matignon. Pierre Favier et Michel Martin-Rolland ont interrogé les deux protagonistes du dernier entretien de François Mitterrand avec Pierre Mauroy, qui lui remet sa démission de premier Ministre le 16 juillet 1984 au soir.

–  Pierre Mauroy : " On avait beaucoup de choses à se dire, mais nous n’avons pas pu nous les dire, nous étions bien trop émus ".

–  François Mitterrand : " Oui, c’était douloureux de se séparer. Qu’il y ait eu de l’émotion, sans aucun doute, mais ce n’était en aucune façon une rupture d’amitié ".
Ce jour-là François Mitterrand dit à Jacques Attali : " je viens sans doute de vivre le moment le plus pénible de mon septennat
". On l’a même vu les yeux embués.

Pierre Mauroy a eu sur François Mitterrand une des plus belles formules que j’aie lues : " En 1965, François Mitterrand m’est apparu comme ce " grand Meaulnes " ; celui qui donnait le sentiment de pouvoir ouvrir des chemins impraticables pour d’autres ".

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François Mitterrand, Président de la République reçoit en audience Pierre Mauroy
premier ministre, le 22 juin 1981 à l’Élysée. (DR/IFM)

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