28 septembre 1984

François Mitterrand reçoit Coluche à l'Elysée.

Éditorial


Editorial | par Hubert Védrine le 1er décembre 2004

Un soir de février 1982 à la Villa Madama à Rome, lors de sa première visite officielle en Italie, François Mitterrand n’en finissait pas de conclure son toast. Il était tard, mais il était si visiblement heureux d’être à Rome qu’il prolongeait sans cesse ce moment de retrouvailles, de ferveur et d’effusion. On le sentait gourmand d’Italie, il y respirait, avidement un parfum d’évasion, de liberté, de plaisirs. Nous avons eu envie d’évoquer cette histoire là, ce que cette Italie choisie et réinventée avait signifié pour le jeune ministre et plus tard pour le Président.

Nous devons à Jean Musitelli ce dossier exceptionnel sur François Mitterrand et l’Italie et ces témoignages rares. Comme à lui des souvenirs me reviennent : le bruit de nos pas, l’écho de nos voix, les rues, les ponts, les places autour des puits de Venise et dans Venise endormie, les longues déambulations et les conversations nocturnes, après les dîners de travail du G7 de 1987 ; les flâneries où le long de canaux excentrés nous achetions pour François Mitterrand de petits artichauts violets à croquer en marchant ; et les stations devant un tableau qu’il voulait revoir, les séances au Castello Sforzesco lors du Conseil européen de Milan en 1985 ; les incomparables « Tartuffo » place Navona à Rome, récompenses de quelques promenades ; et lors du Conseil européen les explications données par le président à ses hôtes, sur les fresques de Rosso Fiorentino et du Primatice, dans la galerie François 1er du château de Fontainebleau en juin 1984.

On verra dans ces pages qu’il y est aussi beaucoup question de politique et que François Mitterrand, tout engagé qu’il fut dans ces années là, dans sa relation centrale avec Helmut Kohl, n’a jamais négligé l’Italie. Ni aucun de ses autres partenaires européens, d’ailleurs. A méditer.

PS : On lit et on entend beaucoup ces temps-ci de partisans du oui, ou du non, au sein du Parti socialiste, invoquer François Mitterrand à l’appui de leur thèse. Cela n’a pas grand sens, ne serait ce que parce qu’il aurait très certainement négocié autrement Amsterdam et Nice et la suite et que le nouveau Traité, s’il avait fallu un nouveau Traité, se présenterait par conséquent différemment. Alors qui peut savoir ? Chacun de nous est libre.


IFM — 33 rue du Faubourg Saint-Antoine 75011 Paris — Tél. +33 1 44 54 53 93 — Fax. +33 1 44 54 53 99 — ifm@mitterrand.org — © 2005-2016 — Mentions légales