11 avril 1991

François Mitterrand visite l’École supérieure de Guerre à l'occasion du forum intitulé "Quelle sécurité en Europe à l’aube du XXIe siècle ?"

Décès de Philippe Dechartre


Par Christophe Rosé | Hommage | Annonce publiée le 8 avril 2014


Figure du Gaullisme de gauche, Philippe Dechartre (de son vrai nom Jean Duprat-Geneau) est décédé ce lundi 7 avril 2014 à l’âge de 95 ans.

Après des études de droit il entre tôt dans la résistance, gaulliste de la première heure, il débute son engagement politique auprès, notamment, de François Mitterrand qu’il rencontre en 1943.

En 1944, il est le délégué général des prisonniers de guerre, déportés de la Résistance et déportés du travail auprès du gouvernement provisoire de la République française à Alger.

Après guerre, Philippe Dechartre est d’abord proche de Pierre Mendès-France puis s’engage au Parti radical (il est candidat à une législative partielle à Paris en 1956). Gaulliste de gauche il rejoint l’Union Démocratique du Travail et fonde des mouvements comme la Convention de la Gauche Ve République, le Mouvement Socialisme et Participation et, en 2001, le Club Nouveau Siècle (rattaché à l’UMP).

Il est élu député (UDR) de Charente-Maritime en 1968. De 1968 à 1972, il est par trois fois secrétaire d’Etat sous les présidences de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou : à l’Equipement et au Logement dans les gouvernements de Georges Pompidou puis dans celui de Maurice Couve-de Murville et au Travail, de l’Emploi et de la Population dans le gouvernement de Jacques Chaban-Delmas.

En 1981, alors membre du RPR, il s’oppose à Valéry Giscard d’Estaing et appelle à voter (par courrier aux adhérents du RPR) François Mitterrand au second tour des élections présidentielles.

« J’ai appelé à voter François Mitterrand pour plusieurs raisons, cela faisait 25 ans que mon camp était au pouvoir, avec des hommes qui furent considérables avec de Gaulle et Georges Pompidou mais on commençait à s’essouffler. Je pensais que si on ne donnait pas la parole à l’opposition, si on ne lui donnait pas la possibilité de démontrer ce qu’elle pouvait faire dans le changement nous risquions d’avoir un troisième tour dans la rue. Donc il y avait une logique qui m’avait mené à faire voter pour François Mitterrand. De plus voter pour Valéry Giscard d’Estaing ce n’était pas ma tasse de thé, en tant que Gaulliste de gauche, je me suis trouvé à l’aise en disant « votez pour François Mitterrand » et j’ai le souvenir d’avoir dit cela en plein congrès du RPR de l’époque, j’ai exprimé mon point de vue et j’ai été applaudi. Je n’étais pas le seul à faire cette analyse. La preuve est que je n’ai pas été exclu après cet exploit et que je suis encore dans la mouvance gaulliste. » [1]

François Mitterrand lui propose d’entrer au gouvernement mais il décline sa proposition « on aurait pensé que j’allais à la soupe (…) ça aurait été mauvais pour lui comme pour moi »

Il entre au Conseil économique et Social en 1994, il en démissionne en 2010, alors qu’il en est le doyen d’âge.

Déclaration de François Hollande, Président de la république Française :
" Toute sa vie, Philippe DECHARTRE n’a eu qu’un seul parti : celui de la France humaniste qu’il a défendue dans la Résistance. Il y a gagné son nom, et une liberté d’esprit qui ne l’a jamais quitté.

Gaulliste atypique, il était aussi attaché à la figure de l’homme du 18 juin qu’à l’esprit du programme du Conseil National de la Résistance. Ami de François Mitterrand, compagnon de route de Pierre Mendès-France, il a incarné dans la Vème République cette sensibilité sociale du gaullisme restée fidèle à l’élan de progrès de la Libération.
Eclectique et curieux de tout, il a été un pionnier du développement culturel et un militant actif du développement et de l’amitié entre les peuples.

De la Résistance au Conseil économique, social et environnemental dont il a été le doyen dans les années 2000, il a inlassablement servi la France."

[1Extrait de l’interview de Philippe Decharte réalisée par l’Institut François Mitterrand en 2005


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