12 septembre 1991

Aux assises nationales des petites villes de France, François Mitterrand en appelle à la solidarité financière entre collectivités rurales.

Décès de Mario Soares


Par Christophe Rosé | Hommage | Annonce publiée le 10 janvier 2017


En hommage à Mario Soares - Fondateur du Parti socialiste Portugais, Premier ministre et Président de la République Portugaise et "père de la démocratie Portugaise, mort le 7 janvier à l’âge de 92 ans - l’Institut François Mitterrand publie ici un texte inédit et plusieurs discours, ainsi que des photographies de rencontres entre Mario Soares et françois Mitterrand et un lien vers un document INA sur le voyage officiel de François Mitterrand, Président de la République, au Portugal en 1981.

Cérémonie d’investiture de Mario Soares
président du Portugal, voyage officiel du Président François Mitterrand au Portugal, en présence de Pierre Mauroy et Roland Dumas, le 9 mars 1986. (DR/IFM)

MESSAGE DE FRANCOIS MITTERRAND, PREMIER SECRETAIRE DU PARTI SOCIALISTE FRANCAIS à Mario SOARES le 12 juillet 1975

"Dans la situation difficile que traverse votre pays, depuis que les ministres socialistes ont été amenés à quitter le gouvernement, je tiens à vous exprimer, avec mes sentiments personnels d’amitié et de confiance, l’entière solidarité du Parti Socialiste Français avec votre combat.

La présence des socialistes au gouvernement représentait de notre point de vue la garantie réelle d’une évolution démocratique du Portugal vers une société socialiste pluraliste.

Les objectifs du Parti Socialiste Portugais hier au gouvernement, aujourd’hui en dehors, demeurent, j’en suis convaincu, ceux que vous avez définis : redressement de la situation économique et évolution vers une société socialiste dans le respect de la volonté populaire déjà récemment et clairement exprimée.

Pour atteindre ces objectifs, vous pouvez être assuré du soutien actif des socialistes français et de mon chaleureux appui personnel.

En toute amitié.

François MITTERRAND"


- Voyage officiel de François Mitterrand, Président de la République, au Portugal en 1981 :

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Inauguration de la semaine franco-portugaise
au Ministère de la Recherche et de l’ Espace : Le Président François Mitterrand et Mario Soares, Président du Portugal, visitent l’exposition " Présence portugaise en France ", le 19 février 1993. (DR/IFM).

INTERVIEW ACCORDEE PAR MONSIEUR FRANÇOIS MITTERRAND PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE A LA TELEVISION PORTUGAISE (CANAL 1)

Palais de l’Elysée, le mardi 9 mars 1993

QUESTION - Monsieur le Président, votre amitié avec M. SOARES date de très longtemps, du temps de son exil en France. Comment est-elle née cette amitié ?

LE PRESIDENT - Comme vous venez de le dire, il était exilé à Paris, nous participions du même état d’esprit, du même mouvement politique international, et comment ne pas s’intéresser au sort d’un exilé qui souffre d’être séparé de sa patrie, de telle sorte que nous avons fait notre possible pour qu’il retrouve en France un foyer amical et, au travers de tout cela, naturellement, nous avons pris part l’un et l’autre à des réunions politiques, bref, une amitié est née.

QUESTION - Vous aviez déjà, à cette époque, une très grande expérience politique. Avez-vous eu tout de suite l’intuition du rôle que M. SOARES allait jouer dans la vie politique portugaise ?

LE PRESIDENT - C’était assez facile à discerner, à la fois par la force de son engagement dans la résistance, résistance au régime qui prévalait à l’époque au Portugal, dans la fermeté de ses convictions, dans son propre talent d’orateur, d’écrivain et sa qualité de réflexion. Oui, je crois qu’on pouvait le pressentir si, bien entendu, les événements s’y prêtaient. Donc, dès cette époque, je pensais que Mario SOARES jouerait un rôle important dans son pays. Dès lors que la situation rendrait possible l’avènement de la démocratie, il devait en être l’un des ouvriers essentiels, ce qui a été le cas.

QUESTION - Or, après la révolution, le Portugal a failli tomber dans une autre dictature, celle-là communiste, et vous êtes venu soutenir M. SOARES. Je crois que vous avez adressé aux Portugais, à ce moment là, les mots suivants : "si vous devez choisir entre le socialisme et la liberté, choisissez la liberté". Or, toute la gauche n’a pas compris...

LE PRESIDENT - Cela dépend de quelle sorte de socialisme il s’agit. Il ne faut pas de confusion dans les termes, pour moi, le socialisme, c’est une forme supérieure de la liberté, donc les mots ne sont pas en contradiction.

QUESTION - Oui, bien sûr, mais toute la gauche n’a pas compris quel était l’enjeu au Portugal à cette époque. Vous-même aviez-vous l’accord de tout le parti socialiste français ?

LE PRESIDENT - Je ne l’avais pas consulté là-dessus, je ne le consultais pas pour chacune de mes déclarations mais, là, cela tombait sous le sens. Qu’y avait-il à choisir là-bas sinon la démocratie, vecteur d’un socialisme tel que le concevait et le mettait en pratique un homme comme Mario SOARES ? Il n’y avait pas de doute possible dans mon esprit. Vous savez, au sein des organisations socialistes, on discute toujours beaucoup ; il y avait donc des avis contraires mais qui ne pesaient pas lourds.

QUESTION - Vous avez eu l’expérience de la cohabitation ici en France et, selon les sondages, vous l’aurez peut-être à nouveau après les élections. M. SOARES, lui-même, a cette expérience au Portugal. Est-ce que vous échangez souvent des propos, des échanges de vue là-dessus ?

LE PRESIDENT - On en parle naturellement, on parle de tout car nos conversations sont très amicales, détendues, aussi près que possible des vrais problèmes qui assaillent nos pays, mais les situations institutionnelles sont très différentes. Le Président de la République au Portugal est certes élu au suffrage universel mais ses compétences, qui sont fort importantes, lui confèrent plutôt un magistère moral et politique dans certaines grandes circonstances mais pas tout à fait dans la vie quotidienne, tandis que les institutions françaises donnent au Président de la République un rôle permanent dans la vie de l’exécutif, de telle sorte qu’en effet c’est sans doute plus difficile de conduire une cohabitation à Paris qu’à Lisbonne parce que le Président de la République et le gouvernement se trouvent souvent sur le même terrain.

QUESTION - Le Parti socialiste, Monsieur le Président, semble mal se porter ces derniers temps, un peu partout, en Italie, en Espagne, au Portugal, en France aussi. Selon certains, ces partis appartiendraient à un vieux monde politique exténué. Croyez-vous que la rénovation de la gauche se fera encore autour des partis socialistes ?

LE PRESIDENT - Mais c’est tout à fait à la mesure de ces partis socialistes s’ils l’osent, s’ils le veulent, s’ils font l’effort correspondant. Moi, j’ai déjà trouvé le socialisme en crise il y a vingt ans. C’est le temps, au fond, d’une vie militante et, régulièrement, des maladies viennent frapper ce corps social comme les autres. Donc, cela dépend des partis socialistes mais - s’ils en sont capables et je les en crois capables - alors, bien entendu, le socialisme reste l’une des idées majeures du siècle.

QUESTION - Donc, vous croyez, Monsieur le Président, que la gauche peut encore maîtriser le progrès et le mettre au service de la collectivité ?

LE PRESIDENT - Sûrement. Vous savez, c’est dans la nature d’une société : d’un côté il y a ceux qui possèdent, qui remplissent des rôles directeurs qu’ils veulent conserver, d’autre part il y a ceux qui sont souvent éloignés du pouvoir, des avantages ou des privilèges, et qui désirent acquérir au moins l’égalité et la liberté sous tous ses aspects. Ceux-là veulent changer : parti du progrès, parti conservateur ; parti de gauche, parti de droite ; au XIXe siècle, on disait "parti du mouvement" pour la gauche ou "parti de la résistance", résistance au progrès pour la droite. Il en sera toujours ainsi, donc la gauche a un bel avenir devant elle. Bien entendu, la démocratie c’est l’alternance alors, de temps à autre, l’opinion se lasse de telle ou telle théorie, de telle ou telle pratique, c’est son droit, c’est la vie de la démocratie.

Je voudrais ajouter un mot en vous remerciant d’avoir bien voulu m’interroger pour parler de Mario SOARES. J’ai eu la chance de connaître l’exilé, donc le résistant courage, lucidité, force morale assez exceptionnelle, ensuite, j’ai connu le militant politique, je l’ai même accompagné dans plusieurs de ses campagnes électorales, alors là j’ai vu la vaillance de l’orateur, sa faculté de convaincre, son ardeur au combat politique, puis j’ai ensuite connu le Président de la République et j’ai pu voir sa sérénité, sa force et sa maîtrise où il incarne vraiment un peuple, en l’occurrence le peuple portugais. Je pense que ce pays, le vôtre, a beaucoup de chance d’avoir un homme tel que lui, que j’estime et que j’aime bien.


François Mitterrand et Mario Soares
lors de la visite officielle du président de la République du Portugaise, le 16 octobre 1989 (DR/IFM).

DISCOURS PRONONCE PAR M. FRANÇOIS MITTERRAND PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE LORS DU DINER D’ETAT OFFERT EN L’HONNEUR DU PRESIDENT MARIO SOARES ET MADAME 16 OCTOBRE 1989

C’est avec un très vif plaisir que nous vous accueillons ici ce soir au Palais de l’Elysée.

Vous faites à la France l’honneur d’une visite d’Etat. Vous me donnez à moi-même la joie de retrouver pour quelques jours, un ami, un compagnon personnel. Nous nous sommes, Monsieur le Président, beaucoup vus et beaucoup rencontrés en des circonstances très diverses, les unes difficiles, les autres plus souriantes. Toujours vous manifestiez une confiance dans l’avenir de votre pays, alliée au souci de le servir au mieux. Les faits vous ont donné raison. Le Portugal sait ce qu’il vous doit.

Il y a environ deux ans et demi, vous m’aviez reçu magnifiquement dans votre pays. Vous souhaitiez, m’avez-vous dit, que le Président de la République française fût le premier Chef d’Etat à s’y rendre depuis l’entrée - on a envie de dire le retour - du Portugal dans l’ensemble européen. Et pour ma part, je vous ai adressé tout de suite après les élections de juin 1988 l’invitation à laquelle vous avez bien voulu répondre en venant à Paris aujourd’hui.

Entre nos deux pays, il n’y a que des liens de toutes sortes et pas un seul de ces nuages que l’on appelle contentieux dans le langage diplomatique. Liens politiques, bien sûr, liens économiques et commerciaux nos échanges progressent à un rythme rapide - liens scientifiques, liens culturels ; vous connaissez notre préoccupation pour la diffusion de la langue française que vous parlez si bien l’un et l’autre et nous souhaitons de la même façon donner à l’enseignement du portugais en France la place qui lui revient. Il était temps aussi que nous fassions un effort pour mettre à la disposition du public français un nombre croissant d’oeuvres portugaises : c’est tout le sens de cette opération qui porte ici le nom heureux de " Belles Etrangères ".

Et je n’aurai garde d’oublier ce qui fait la singularité, la richesse de nos relations, à savoir la présence en France d’une importante communauté portugaise, très respectée, très appréciée. J’espère que lorsque vos compatriotes rentrent au pays, ils emportent un peu de la France dans leur coeur et ils nous le montrent bien.

Entre la France et le Portugal donc, l’histoire présente de nos relations tient les promesses du passé. Et nous avons, qui plus est, un avenir commun puisque nous appartenons les uns et les autres à cette patrie nouvelle qu’est l’Europe.

Le Portugal a, je crois, donné un des plus magnifiques exemples de foi dans l’entreprise communautaire, de détermination à engager les adaptations nécessaires, d’audace intelligente. C’était risqué. Vous avez, chacun peut le constater, réussi. Ce n’est pas étonnant, dans votre cas, comme dans celui de l’Espagne, le terme d’ "adhésion" prend tout son sens. Vous avez adhéré à un ensemble de principes, à une communauté de valeurs, à un projet politique sans lequel l’Europe ne serait qu’une bureaucratie raffinée mais dérisoire.

Il reste beaucoup à faire pour cette aventure dans laquelle nous nous sommes engagés. J’y ai personnellement beaucoup tenu. Nos affaires, je veux dire l’adhésion du Portugal à la Communauté européenne marchait mal il y a quelques années. Je ne sais pourquoi l’Europe, vous refusait alors que l’Histoire, la géographie, la culture, le bon sens l’exigeaient. Sans doute était-ce de savants équilibres dans lesquels le devenir de l’Europe n’avait qu’une faible part. Enfin, nous le savons tous deux, nous avons souvent eu l’occasion d’en parler. Aujourd’hui, il est clair que nos pays manifestent ou démontrent la même volonté de faire progresser ce qui est aujourd’hui notre tâche principale, l’Union économique et monétaire. Les principes en ont été établis lors du Conseil Européen de Madrid qui a fixé au 1er juillet 1990 le commencement d’un processus, une fois déterminés les travaux préparatoires. C’est dans peu de temps. Aussi devons-nous nous y préparer, avec souplesse quant aux méthodes mais avec énergie quant aux objectifs.

Comme la France, le Portugal tient à ce qu’avance parallèlement la construction de l’Europe sociale. Il ne serait pas concevable que les questions d’hygiène et de sécurité dans le travail, de conditions de travail, de protection sociale, que sais-je, soient rangées dans la catégorie " A traiter plus tard ", ou, pis, à évacuer au plus vite". Il ne s’agit ni de distribuer des aumônes, ni d’embellir la façade. Ce domaine social fait partie intégrante du projet que nous avons pour l’Europe. Je sais que les idées et les approches abondent et divergent. Il faut en débattre, il faut en discuter, c’est ce que nous faisons.

Continuons la liste des dossiers en cours que nous avons à régler présentement. Sur cette liste figurait, continue de figurer bien entendu l’audiovisuel comme approche la plus immédiate des formes de culture et de communication, d’échanges. Les Assises européennes se sont tenues très récemment à Paris - votre pays y a pris part et il a adopté la déclaration commune sur ce que l’on a appelé EUREKA audiovisuel. C’est très important. Voilà un dossier qui certes n’est pas clos mais qui aurait pu l’être dans le refus général, je veux dire dans la négation. De la même façon nous avons avancé sur l’environnement, sur la négociation de LOME IV, c’est-à-dire le renouvellement des accords entre la Communauté et un certain nombre de pays d’Afrique, des Caraïbes et du Pacifique, la libre circulation des personnes. On se rend bien compte qu’il n’y aura pas d’Europe si ceux qui y demeurent n’ont pas le sentiment qu’il existe une Communauté ouverte à tous. Je pense que l’on peut faire beaucoup plus, beaucoup plus pour faciliter les échanges entre étudiants par exemple, entre universités. Je l’ai dit, récemment à Bologne qui fêtait le 900e anniversaire de sa création, première université européenne dans l’Histoire juste avant, de peu encore faut-il trancher cette querelle, je ne suis pas expert et quelques universitaires français se trouvent parmi nous, il faut prendre des précautions, enfin juste avant la Sorbonne.

Telles sont, rapidement passées en revue, les urgences, auxquelles j’ajouterai encore sur le plan politique général, dans le cadre des initiatives de caractère politique qu’il revient à la Communauté de prendre comme elle l’a fait sur le Liban, sur le Proche et le Moyen-Orient sur bien d’autres choses encore, l’urgence de l’aide à apporter à la Pologne et à la Hongrie, d’où vous revenez, Monsieur le Président. C’est une question très concrète, il faut envoyer dans l’immédiat des produits alimentaires, veiller à ce qu’ils arrivent sur les étagères des magasins, et sur la table des habitants. En même temps, il convient de former des cadres, ils en ont besoin et nous le demandent, de soutenir l’agriculture, transformer les circuits de distribution, et la tâche est immense. La Communauté a bien fait de réclamer la responsabilité de ce travail. Elle le fait avec diligence. Je salue cet effort. On commence de rassembler les moyens d’y répondre, ce qui ne veut pas dire que cela suffise car l’effort individuel de chacun de nos pays se révélera indispensable.

Nous connaissons les enjeux : pour que la Pologne et la Hongrie - je cite ces deux pays parce qu’ils se sont avancés eux-mêmes au devant de la scène, ce n’était pas un choix idéologique ou partisan, même si je pense en particulier à la Pologne, aux relations historiques très précises, très anciennes et très fortes qui nous unissaient - progressent dans la voie de la démocratie au préalable, il leur faut sortir de la crise économique et financière dans laquelle ils se trouvent. Mais de leur réussite, donc de la nôtre, dépendra celle de l’Europe tout entière et leur échec pèserait lourd sur l’avenir du continent. C’est pourquoi les pays de la Communauté, je n’ai pas besoin de les y inviter, l’ont compris déjà. Enfin, il faut multiplier désormais la présence, les efforts. Mais aussi les autres européens qui ne sont pas membres de la Communauté, tous sont intéressés ou doivent l’être et se sentir responsables. Le continent européen, l’Europe aussi est notre patrie pris dans le sens le plus large, on le verra de plus en plus à travers les siècles qui viennent. Les événements en Europe de l’Est, en Union soviétique, secouent nos modes de pensée, et plus encore les leurs. Nul n’est en mesure de faire des prédictions sur les configurations futures. Mais, ceci au moins est certain, le renforcement des liens entre les pays de la Communauté Economique Européenne sert la cause de l’Europe dans son sens le plus large. Les pays d’Europe Centrale ont besoin que la Communauté affirme sa solidarité dans les faits, ils ont besoin même si les pays de la Communauté ne le ressente pas toujours avec la même acuité, ils ont besoin que cette Europe là, la nôtre, où nous sommes, que nous avons déjà commencé de construire, soit unie économiquement et politiquement. Cela veut dire quoi ? Qu’il ne faut pas perdre de temps pour donner à cette communauté les structures dont elle a besoin.

J’en parle d’autant plus aisément que nous partageons, Monsieur le Président les mêmes analyses, les mêmes préoccupations, nous en avons si souvent parlé que nous connaissons par coeur notre discours. Nous partageons le même espoir. Nous estimons l’un et l’autre qu’il faut continuer de veiller avec une grande attention aussi, parallèlement, avec la même façon à notre sécurité, en particulier dans la conduite des négociations sur le désarmement conventionnel. Ce n’est pas cette nouvelle page qui se tourne dans l’histoire de l’Europe qui doit faire oublier qu’il est des permanences dans l’histoire de l’Europe. Membres d’une même alliance, de façon différente, puisque vous appartenez au commandement militaire intégré de l’OTAN, dont la France est absente, membre l’un et l’autre de l’UEO, auquel le Portugal a récemment adhéré, nos deux pays peuvent sur tous ces sujets approfondir leur réflexion commune, notre langage est facile.

Nous avons déjà parlé quelques heures depuis le début de celle journée et nous avons évoqué certains autres des grands problèmes internationaux. De son balcon marin le Portugal a vue sur le Monde. Son expérience est riche il ne s’est guère passé d’événements majeurs dans l’histoire du monde auquel le Portugal n’ait pas été mêlé. Et puis nous partageons, vous et nous, le même attachement pour le continent africain dont les difficultés sont aggravées trop souvent par des déchirements de toutes sortes, dont les difficultés économiques pèsent lourd sur eux et sur nous tous. Puis il y a le problème de l’Afrique australe, vous le connaissez particulièrement bien. Il est permis d’espérer, oui nous commençons de pouvoir espérer que la paix civique reviendra. Et nous avons accueilli, je dois le dire avec satisfaction le geste de réconciliation fait ces derniers jours en Afrique du Sud. Nous sommes loin du compte, mais ce début doit être souligné.

Vous portez également, en raison de l’appartenance du Brésil à la civilisation portugaise, un intérêt particulier à l’Amérique latine. Je reviens du Venezuela, de l’Équateur, de la Colombie et j’ai pu mesurer l’ampleur des difficultés de toutes sortes qui assaillent ces pays. Relevons simplement deux de ces difficultés, la dette et la drogue. Tous m’en ont parlé. Entrave au développement qu’est la dette, mirage de solution qu’est la drogue. La dette et la drogue, la réponse à ces deux problèmes majeurs appartient à la communauté internationale il faut s’en convaincre. Et la solidarité des nations, le cas échéant leur rigueur, doit s’appliquer très fermement. Il faut en appeler à la sauvegarde de nos sociétés, de nos fils et de nos filles. Cela exige de notre part une mobilisation de l’esprit mais aussi des moyens matériels et financiers sur lesquels il ne convient pas de lésiner parce que c’est une véritable bataille, je dirais presque une guerre qu’il faut gagner. Je ferai une seule remarque : il y a des difficultés inhérentes aux pays producteurs, qui travaillent et qui connaissent la misère. C’est là que se fabriquent sous nos yeux les causes des désordres prochains, des révolutions sociales et des révolutions politiques, celles de la misère, du désespoir, de la mort, de la faim.

Les représentants de la France et les vôtres clament ce qu’il leur apparut être des évidences, d’une extrême urgence. Nous commençons d’être entendus, nous devons l’être davantage. Nous devons continuer à répéter les mêmes choses avec la même foi et la même énergie, car ce sont des combats majeurs. Que de fois m’est-il arrivé de dire que le fossé qui sépare les pays riches des pays pauvres représente un danger pour l’humanité, pour les pauvres et riches confondus, plus sûr que la bombe atomique.

D’abord, la bombe atomique tenue, dans des mains responsables a représenté depuis plus de 40 ans la sécurité d’un monde fou. Faut-il être assez fou pour disposer d’une arme folle afin d’assurer la sagesse générale mais c’est comme cela.

La bombe atomique est détenue par des responsables peu nombreux. La misère et le désespoir appartiennent à ces milliards d’êtres humains dont personne ne peut dire qu’il pourrait les contrôler, ainsi se développeront de jour en jour les colères, les émeutes, les répressions, la confusion, le terrorisme et serons-nous finalement vaincus par nous-mêmes. Jetons l’alarme une fois de plus.

Enfin, M. le Président, Madame, en terminant à un événement récent qui nous est un souvenir commun, les fêtes du Bicentenaire de la Révolution française. Vous nous avez fait l’honneur d’y participer et je tenais à ce que vous fussiez à mes côtés pour la célébration d’une page de l’Histoire de France dans laquelle vous vous retrouvez. Je me souviens de nos conversations d’avant où vous me disiez : Ça c’est notre histoire aussi. C’est de l’histoire intellectuelle, morale et sentimentale d’hommes à travers le monde, d’hommes comme Mario SOARES et je sais qu’en ce même 13 juillet les habitants de Lisbonne dansaient sur la place de la Mairie et célébraient eux aussi leur nuit du Bicentenaire.

J’en ai fini, il faut bien finir en levant son verre, ce qui est un geste fort civil et recommandé, un rituel mais un rituel qui peut être sympathique. Il arrive parfois qu’il ne soit pas très sincère en l’occurrence soyez en sûrs, il l’est.

Ayant parlé de votre santé, comment ne penserai-je pas à cet homme jeune, votre fils qui il y a si peu de jours se fracassait dans un avion en perdition. Je vous avais appelé en Hongrie, vous avez bien voulu me rassurer en espérance tandis que vous, Madame, étiez déjà partie dans ce pays lointain.

Nous pensons à vous. Nous pouvons aujourd’hui penser que votre fils reviendra retrouver sa femme, ses enfants, sa ville, son pays et vous-même. Soyez sûrs que nos voeux sont avec vous, pour votre santé, votre bonheur, pour vos proches, vos amis, vos deux enfants que j’ai l’avantage de connaître et d’apprécier, pour la santé et le bonheur de votre peuple, du peuple du Portugal. C’est à lui que je penserai surtout en levant mon verre comme je le fais maintenant. Le peuple du Portugal, aux portugaises et aux portugais auxquels je veux apporter en cet instant le salut et l’amitié des français, de la France.

Mario Soares et François Mitterrand
assistent à une démonstration d’une danse folklorique portugaise à l’université d’Evora lors d’un déplacement privé au Portugal, le 25 juin 1992. (DR/IFM)

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