28 septembre 1984

François Mitterrand reçoit Coluche à l'Elysée.

1988-1993 : L’exercice du pouvoir 2


« Cette énumération, qui n’est pas exhaustive, dicte notre devoir et justifie nos priorités : la réduction des inégalités par le dialogue social, l’éducation, la formation, le logement, la haute technologie appliquée. » [1]


En 1988, la gauche a changé. Elle a fait ses preuves au gouvernement. Le temps n’est désormais plus aux réformes mais à des transformations plus profondes. Plus longues aussi. Il faut pour cela rassembler. En 1988, les affiches de campagne réclament « La France unie ». François Mitterrand a d’ailleurs présenté son programme à chaque électeur, indistinctement, dans sa « Lettre aux Français ». Une première.

Dès le lendemain de son élection, il appelle à Matignon Michel Rocard. Le leader de la « deuxième gauche » incarne parfaitement la nouvelle orientation voulue par le Président pour son second septennat : ouverture au centre, dialogue social. C’est une période heureuse pour la gauche pendant laquelle, notamment, le chômage recule.
L’expérience Rocard – certains parlent de cohabitation – se poursuit jusqu’en mai 1991, date à laquelle le Président lui demande de se retirer. Le temps n’est sans doute plus à la « France unie » et au consensus. François Mitterrand veut forcer l’allure. Il nomme alors à Matignon une femme : édith Cresson. Une « fonceuse » avec qui il entend bousculer les choses. Le choix se révèle pourtant catastrophique. Le style bulldozer ne plaît pas. Elle plonge dans les sondages alors que les indicateurs socio-économiques se détériorent. Moins d’un an après son arrivée, François Mitterrand se résigne à accepter sa démission. En lieu et place, le 2 avril 1992, il désigne Pierre Bérégovoy. Il lui revient la tâche ingrate de conduire le gouvernement, alors que le climat est « aux affaires », que de difficiles décisions sont à prendre – le gouvernement doit recourir à des hausses d’impôts – et qu’à l’horizon se profile une nouvelle défaite de la gauche. Pierre Bérégovoy quitte Matignon le 29 mars 1993.

Le bilan de cette législature reste mitigé. Certainement parce que le train des réformes est moins brutal qu’en 1981. Pourtant, ces trois gouvernements successifs sont loin d’être restés inactifs.
Il fallait d’abord rétablir les réformes sociales abolies par la droite entre 1986 et 1988. Ce fut notamment le cas pour les libertés publiques, l’audiovisuel, l’impôt sur les grandes fortunes, les grands travaux repris, etc. Seules les nationalisations firent exception puisque le Président avait promis aux Français le « ni-ni ». Ni nationalisation ni privatisation.

Cette étape franchie, de nouvelles réformes sociales intervinrent. Les mesures pour l’emploi se succédèrent avec l’idée qu’il ne fallait plus traiter le chômage en aval – il y aura néanmoins de nombreuses actions en faveur des demandeurs d’emploi – mais en agissant directement sur le tissu économique par la formation, la recherche, l’investissement, l’aide ou la reconversion d’entreprises, la prévention des licenciements économiques, l’obligation de présenter des plans sociaux, etc. Tout un arsenal à la disposition des acteurs sociaux. Par ailleurs, certaines dispositions prolongèrent l’esprit des lois Auroux. Les gouvernements Rocard, Cresson et Bérégovoy s’attelèrent aussi à la réalisation d’une véritable politique de la ville, dossier sur lequel François Mitterrand insista beaucoup.

Il y eut bien entendu quelques mesures phares. La création du Revenu minimal d’insertion (RMI) fut l’une d’elles ainsi que la mise en œuvre de la Contribution sociale généralisée, impôt plus équitable – car prélevant aussi sur les revenus du patrimoine – qui permit de financer les dépenses sociales. Avec l’appui du Président, Michel Rocard réussit à résoudre le conflit en Nouvelle-Calédonie et imposa une habile solution négociée aux ennemis d’hier.

Dans le domaine de la culture, le renouveau s’illustra pleinement lors de la célébration du Bicentenaire de la Révolution française, auquel le Président attachait une grande importance. À cette occasion, et par son intermédiaire, la France fit entendre son message universel.
Rappelons aussi les engagements du Président sur l’environnement. Il engagea la France dans la lutte contre les pluies acides, contre la disparition de la couche d’ozone et eut une action pionnière dans le domaine des gaz à effet de serre du fait de son rôle dans l’organisation de la grande conférence climatique de Rio en 1992, point de départ de la grande négociation sur le protocole de Kyoto.
Dernier dossier, celui de l’éducation. François Mitterrand en avait fait une priorité. À ses yeux, c’est à l’école que se jouait l’avenir de la France face aux grandes mutations.

Depuis 1981, la gauche n’était certes pas restée inactive mais son action fut occultée par le débat sur l’école privée. Déjà, pourtant, l’enseignement professionnel avait été revu. L’université française et la recherche furent ensuite réformées par la loi Savary de 1984. Les objectifs étaient clairs, répétés par le Président : 80 % d’une classe d’âge au bac ; chaque jeune devant obtenir une formation professionnelle adéquate.

En 1988, Lionel Jospin reprend le flambeau. Dès son arrivée au ministère de l’Éducation nationale, il lance un grand plan d’urgence. Dans la foulée, il fait adopter de nombreuses mesures pour la formation professionnelle – qui préfigurent ce qui deviendra bientôt le crédit formation –, la modernisation de l’apprentissage, le droit à la conversion, ou les efforts pour le développement de la formation en alternance. En 1989, le Parlement adopte une grande loi d’orientation sur l’éducation qui réforme, entre autres choses, le système de formation des enseignants. Ce sera aussi le plan Université 2000, très controversé, mais dont les effets deviennent vite évidents.
En dépit de l’action volontaire de la gauche, la hausse du chômage reprend. Au début de 1992, la barre des 10 % est franchie. La crise économique qui touche l’Europe est dure. Elle s’explique par le triple séisme de la réunification allemande, de la guerre du Golfe et une incroyable spéculation contre le franc. Le 31 mars 1992, l’usine Renault de Billancourt ferme. Tout un symbole. Le RMI à peine créé, ce sont des centaines de milliers de Français qui demandent à en bénéficier, révélant une société française certes plus prospère qu’en 1981 mais souffrant d’une terrible pauvreté. Quand l’année 1993 s’ouvre, François Mitterrand sait que son mandat a de fortes chances de se terminer par une nouvelle cohabitation.

[1Interview accordée par François Mitterrand au journal Le Monde, mardi 19 juin 1990.


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